Fatma Refik

Fatma Rekik est la présidente directrice générale de la société Stifen et la plus jeune dirigeante du groupe Elloumi. À la fleur de l’âge, belle et dynamique, nous l’avons rencontrée et lui avons demandé de nous révéler la formule de son succès.

Fatma Rekik a accepté de répondre à nos questions et s’est confiée sur son parcours. Portrait d’une jeune leader, inspirante, généreuse et attachante.

Fatma Rekik- En couverture de La Sultane
Fatma Rekik en couverture de La Sultane #45

Tout a commencé en quelque sorte, lorsque Fatma décide de poursuivre ses études supérieures à l’université Paris-Dauphine, pour suivre les pas de sa maman et de feu son grand-père (tous deux membres d’une famille industrielle) au lieu de faire médecine comme cela était prévu initialement. Pour la jeune bachelière qui a baigné dans un milieu où les réunions familiales étaient aussi synonymes de leçons de gestion d’hommes et d’entreprises, cette décision semblait couler de source. Elle enchaîne donc un DEUG en gestion, une maîtrise en entrepreneuriat et gestion de projets, puis un 3eme cycle en politique générale des organisations. Fidèle aux principes familiaux, Fatma se montre studieuse, sérieuse et appliquée. Sans surprise, elle réussit avec brio, connaissant la jeune femme, on n’en attend pas moins d’elle. Elle se marie jeune, pose ses valises un an à Kiev où elle fait de la prospection pour le groupe familial- le groupe Elloumi fondé par son grand-père Taoufik Elloumi- avant de s’installer en Égypte pour 4 ans et demi. Fatma n’a pas chômé. Elle devient maman de deux petites filles tout en étant manager de l’activité câblage et en s’occupant du démarrage de l’activité agroalimentaire. Au bout de 11 ans d’expatriation, Fatma Rekik revient au pays. Elle intègre la partie agroalimentaire dirigée par sa mère, qui s’occupait également du volet financier de la partie du câblage. Sa nouvelle mission consiste à s’occuper du volet « business development». Peu à peu, Fatma se hisse à la tête du département « Sales and Marketing ». Lorsqu’elle nous raconte son parcours, ses yeux pétillent et son sourire chaleureux devient très vite contagieux, à tel point qu’on se prend d’enthousiasme pour ses projets. Impossible de lui résister lorsqu’elle nous dit : « j’ai adoré l’exploration de cette partie commerciale, d’autant qu’à la base, j’ai une formation poussée en finance et stratégie d’entreprise. La partie commerciale permet d’être en contact direct avec les clients, on peut voir la dynamique du marché… j’ai beaucoup aimé ! » À cette époque-là, sa maman démissionne du groupe pour se consacrer à ses nouvelles responsabilités et la question de la relève s’était posée. La jeune femme demande à sa mère, qui lui a toujours servi de guide et de mentor, si elle la voyait à la tête de la partie agroalimentaire et elle nous confie avec fierté et émotion la réponse qu’elle avait alors obtenue : « je suis certaine que tu pourrais réussir, mais moi, aujourd’hui, je ne peux pas te désigner pour me succéder. Il faut que tu mérites ta place, que tu parviennes à t’imposer par ton travail, à te faire accepter et respecter par l’équipe qui t’entoure. D’autres personnes, plus anciennes que toi au sein du groupe, peuvent prétendre à ce poste et ont plus de légitimité que toi. Prouve que tu y seras à ta place et personne ne te reprochera de t’y trouver simplement parce que tu es ma fille. Je ne t’accorderai pas de traitements de faveurs. » Fatma a suivi le conseil de sa mère et s’est jetée dans la mêlée. Elle s’est impliquée davantage : trouver des solutions créatives, développer le marché, prospecter de nouveaux clients, optimiser les achats… elle s’est investie dans la vie opérationnelle à tous les niveaux de la société si bien qu’elle a fini par comprendre l’ensemble de sa dynamique. Grâce à cette persévérance et à ce dévouement, les résultats étaient au rendez-vous, notamment avec le développement de nouveaux produits et la mise en place de nouveaux projets. Ses pairs finirent par voir en elle, le premier responsable de l’entreprise, un accomplissement dont Fatma est fière : « il faut savoir que le groupe a une politique basée sur la méritocratie. Le fait d’être membre de la famille biologique, n’octroie aucun privilège par rapports aux autres employés du groupes qui appartiennent à la famille professionnelle. Il faut travailler dur et mériter sa place. Quand nous étions jeunes, ma mère nous répétait toujours que le plus important dans la vie c’était de se conformer à ses valeurs personnelles. Être honnêtes, serviables, fidèles aux personnes qui nous entourent et rester modestes. Nous sommes tous pareils, nous sommes tous égaux et nous sommes tous de passage dans cette vie, alors autant œuvrer pour laisser une trace positive et contribuer à améliorer la vie des gens. » Pour Fatma, il n’y a aucun secret. Il suffit d’être persévérant. Lorsqu’on se fixe des objectifs (ambitieux), il ne faut pas les perdre de vue :

Fatma Rekik

« il faut aller jusqu’au bout même lorsque c’est difficile, car si on veut faire des choses importantes, il faut avoir de l’endurance. »

Fatma souhaite transformer son entreprise en une multinationale : « Pour moi le défi est le suivant : nous sommes des tunisiens qui innovent et nous sommes en mesure de créer des produits hauts de gamme. » La société se divise en trois unités :

D’abord la partie agricole permettant de cultiver, notamment les fraises et agrumes, tout en respectant un cahier des charges européen. Fatma nous confie étudier un projet d’extension pour une culture bio. Depuis les années 2000, la deuxième partie, l’unité de surgélation, permet d’optimiser leur process. Les produits surgelés en IQF (Individually Quick Frozen) sont exportés vers les USA. Puis une troisième unité a été développée et permet de fabriquer des préparations de fruits destinés aux industriels. Mais comme toutes les belles histoires nécessitent parfois l’intervention du hasard, l’étape suivante de l’évolution de la société est née d’un concours de circonstances assez particulier : «nous avons eu l’idée d’offrir des cadeaux de fin d’année, alors nous avons produit des confitures et tout le monde a adoré. Et c’est là que nous avons décidé de lancer la marque de confiture la Fruitière destinée aux consommateurs et en vente dans toutes les grandes surfaces, super et hypermarchés. » Fatma mise en premier lieu sur un emballage qui interpelle et compte sur le goût, le prix et la qualité pour fidéliser ses consommateurs. Devant le succès de ce pari réussi, elle décide de développer cette activité avec le lancement de la nouvelle marque F urketta spécialisée dans l’épicerie fine salée et les produits traiteurs: « tous nos produits sont naturels, sans conservateurs, sans additifs chimiques et complètement vegan. Je veux développer des plats préparés, les mettre en bouteille et exporter notre tradition culinaire tunisienne.» De la salade méchouia à la ommek hourya, en passant par la madfouna, chorbet frik ou mloukhya : pensez à nos étudiants à l’étranger, à nos expatriés, mais aussi aux femmes actives, à qui il suffirait d’ouvrir une des boites Furketta pour avoir un repas fin prêt, digne de la cuisine de nos mamans et qui n’attend que la gourmandise des gens pour être savourés.

«Mon objectif est de parvenir d’ici 5 ans à permettre aux tunisiens de se procurer des produits tunisiens, de très bonne qualité, à un prix abordable, tout en ayant le goût au rendez-vous! Nous voulons des produits de qualité et naturels parce que j’estime que les tunisiens méritent d’avoir des produits à la hauteur de toutes leurs exigences.» Fatma Rekik nous livre ainsi une promesse qui redonne l’espoir : ce sera tunisien à 100% et respectueux du tunisien à 1000%.

Fatma Rekik

Interview parue dans le #45 de La Sultane



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