Lubna de Cordoue fut, au Xe siècle, la secrétaire du calife al-Hakam II dans la Cordoue omeyyade. D'origine servile puis affranchie, elle copiait, corrigeait et annotait les manuscrits de la grande bibliothèque du palais, maniait l'écriture, la grammaire, la poésie et le calcul, et rédigeait la correspondance du calife.
Qui était Lubna de Cordoue ?
De Lubna de Cordoue, l'histoire n'a conservé que quelques lignes, mais elles suffisent à dessiner une femme qui s'est taillé une place par sa plume, dans un palais où l'écrit comptait autant que le pouvoir.
Pour comprendre Lubna de Cordoue, il faut d'abord se représenter sa ville. Au Xe siècle, Cordoue compte parmi les plus grandes villes d'Occident, dans l'Andalus, cette part de la péninsule Ibérique alors sous pouvoir musulman, et s'enorgueillit de sa Grande Mosquée. C'est dans cette cité puissante que Lubna de Cordoue (en arabe Lubna al-Qurtubiyya) a vécu, au Xe siècle, avant de mourir vers 984.
Son parcours commence loin des honneurs : d'origine servile, elle est affranchie et reste attachée au palais. Son nom a pourtant traversé les siècles, porté par une notice qui a pris soin de le conserver.
Quel métier exerçait-elle auprès du calife al-Hakam II ?
Cordoue, sous le règne d'al-Hakam II, calife lettré, abrite une bibliothèque que les chroniqueurs disent avoir compté des centaines de milliers de volumes. C'est dans cet univers dominé par l'écrit que Lubna exerce la fonction de secrétaire, katiba, du calife. Elle met au service de cette fonction une plume reconnue pour son écriture, sa maîtrise de la grammaire et son goût pour la poésie, auxquels s'ajoutent de solides connaissances en calcul.
Son travail consiste à copier, corriger et annoter les manuscrits de la bibliothèque du calife, tâche qui exige autant de rigueur que de culture. Elle rédige également sa correspondance et l'assiste dans ses lectures.
Était-elle seule à tenir une plume à la cour de Cordoue ?
Vous l'imaginez peut-être seule à tenir sa plume. Les chroniqueurs andalous disent autre chose : à la cour de Cordoue, au Xe siècle, Lubna partageait ce rôle avec d'autres femmes, copistes et secrétaires elles aussi.
Deux noms reviennent à ses côtés dans ces récits : Fatima, copiste du calife, et Aïcha bint Ahmad. Ensemble, elles dessinent la silhouette d'un petit cercle de femmes lettrées, bien loin de l'image d'une exception isolée.
Que reste-t-il de ce savoir aujourd'hui ?
Ce rayonnement intellectuel tient à un contexte précis : celui du califat omeyyade de Cordoue, proclamé en 929 par Abd al-Rahman III, puis incarné dans la ville-palais de Madinat al-Zahra, bâtie à partir de 936 à l'ouest de Cordoue. C'est ce pouvoir centralisé qui rend possible des parcours comme celui de Lubna.
Cet équilibre ne survit pas longtemps à son fondateur. À la mort d'al-Hakam II en 976, le pouvoir bascule vers le chambellan al-Mansur, dit Almanzor, qui gouverne au nom du jeune calife Hisham II. Le lettré cède la place à l'homme fort : une autre histoire commence pour le califat de Cordoue.
De Lubna de Cordoue, l'histoire n'a conservé que quelques lignes, mais elles suffisent à dessiner une femme qui s'est taillé une place par sa plume, dans un palais où l'écrit comptait autant que le pouvoir. Son écriture, sa maîtrise de la grammaire, son goût pour la poésie et pour le calcul l'ont placée aux côtés du calife, et son nom a traversé les siècles là où tant d'autres se sont effacés.