Qui était Mariam al-Astrulabi ? Une seule ligne, dans un catalogue rédigé à Bagdad en 987, nous dit qu'elle fabriquait des astrolabes à Alep, à la cour de l'émir Sayf al-Dawla. Son prénom nous est inconnu, donné plus tard. Portrait d'une femme de science presque oubliée.
Qui était Mariam al-Astrulabi, d'après l'unique trace écrite qui nous reste ?
c'est le ciel même qu'elle observait qui porte aujourd'hui sa mémoire
Tout ce que l'histoire a gardé d'elle tient en quelques lignes. La seule source ancienne qui la mentionne est le Fihrist, le grand catalogue des livres et des savants rédigé à Bagdad en 987 par le libraire Ibn al-Nadim. C'est lui qui la nomme al-Ijliya. Vous ne trouverez pas d'autre trace écrite de son époque : une ligne dans un catalogue, et c'est tout ce qui nous reste d'elle.
Le prénom que vous lui connaissez peut-être, Mariam, n'apparaît pas dans ce catalogue : il lui a été donné plus tard, par des publications modernes. C'est ainsi qu'on la désigne aujourd'hui, sous le nom de Mariam al-Astrulabi ou de Mariam al-Ijliya, pour qu'elle porte enfin un prénom, même emprunté au présent plutôt qu'à son siècle.
Dans quel monde a-t-elle exercé son art ?
Au Xe siècle, Alep passe sous l'autorité des Hamdanides, dynastie arabe chiite d'abord installée à Mossoul. En 944, l'émir Sayf al-Dawla (916-967) s'empare de la ville et en fait la capitale de son émirat, qu'il dispute aux puissances voisines.
Autour de lui se forme l'une des cours les plus brillantes du Xe siècle. Le poète al-Mutanabbi y séjourne et y compose ses panégyriques les plus célèbres, et le philosophe al-Farabi y trouve également sa place. C'est dans ce foyer de lettres et de sciences qu'exerce son art la fabricante d'astrolabes.
Fabriquer un astrolabe, qu'est-ce que cela suppose comme science ?
L'astrolabe est un instrument d'astronomie né dans le monde grec, que les savants du monde musulman perfectionnent à partir du VIIIe siècle. Concrètement, c'est un disque de laiton sur lequel on fait tourner une pièce mobile pour lire la position des étoiles et du soleil. Un objet de métal, pensé comme un calcul.
Le fabriquer suppose de maîtriser la projection stéréographique, cette façon de reporter la sphère céleste sur un plan, puis de calculer avec exactitude les coordonnées des étoiles avant de les graver dans le laiton. Vous imaginez la somme de savoirs que cela réclame : de la géométrie, de l'astronomie, et la main sûre d'un orfèvre.
Que reste-t-il d'elle aujourd'hui ?
D'elle, il ne reste presque rien, sinon une ligne de catalogue, et pourtant son nom a traversé les siècles jusqu'au ciel. En 1990, à l'observatoire du mont Palomar, en Californie, un astéroïde a été découvert puis baptisé en son honneur : (7060) Al-'Ijliya. Pour une fabricante d'instruments qui mesuraient la course des étoiles, l'hommage a quelque chose de juste : c'est le ciel même qu'elle observait qui porte aujourd'hui sa mémoire.
Mariam al-Astrulabi rejoint ainsi, dans cette série, deux autres figures que vous connaissez déjà. Fatima al-Fihri, qui fonda à Fès, en 859, la mosquée-université Qarawiyyin. Et Lubna de Cordoue, copiste et mathématicienne. Trois femmes, trois métiers de précision : le savoir, l'écrit, l'instrument. Un même constat les relie : leur travail a duré bien plus longtemps que leur nom.
De Mariam al-Astrulabi, il ne reste donc qu'une ligne de catalogue et un morceau de ciel qui porte son nom. C'est peu, et c'est pourtant immense : la preuve qu'une femme a su, dans un métier d'orfèvre et de savant, lire le ciel avec une exactitude que peu maîtrisaient alors. Vous n'avez pas besoin d'une biographie entière pour mesurer ce qu'elle a accompli : le silence même de l'histoire sur sa vie dit, en creux, la place qu'elle avait su se faire dans un art où l'on ne s'improvise pas.