Olfa Terras, initiatrice du mouvement 3ich Tounsi a fait la couverture du numéro 44 de la Sultane. Voici l’interview qu’elle nous a accordé

Olfa vous avez démissionné de la fondation Rambourg et avez passé le flambeau à quelqu’un d’autre. Qu’avez-vous appris de cette expérience? S’il n’y avait qu’une seule leçon à ­retenir, quelle serait-elle ?

Olfa Terras: En effet je ne suis plus Présidente de la Fondation depuis l’été dernier. J’ai confié cette lourde responsabilité à Shiran Ben Abderrazak qui est un jeune homme brillant. Shiran a très bien compris l’esprit et les objectifs de la Fondation. Il est passionné par ce qu’il fait et je lui suis très reconnaissante, à lui et à toute l’équipe. Cette expérience de 8 années à la tête de la Fondation ne m’a pas seulement appris énormément de choses, elle m’a transformée. J’ai rencontré des milliers d’enfants et de jeunes qui sont le cœur battant de ce pays et qui, à travers leurs parcours personnels, souvent difficiles et pénibles, m’ont montré à quel point l’Humain doit être au centre de nos préoccupations. Souvent les non-dits sont plus forts que les paroles. Il y a des regards qui ne trompent pas. Je le vois lorsque nous rénovons des écoles. Je l’ai vu lors de l’exposition l’Éveil d’une Nation ou des personnes âgées m’ont pris dans les bras, les larmes aux yeux, devant la constitution de 1861. C’était chargé d’émotions à chaque fois que je visitais le Palais. Lorsque je vais a Jbel Semmama où nous avons construit un centre culturel et sportif où des centaines d’enfants jouent dans l’aire de jeux, font du foot ou basket dans le terrain multisports, de la musique, du théâtre. Lorsqu’ils rient aux éclats en ­regardant un film de Charlie Chaplin dans la salle de cinéma avec leurs parents. Dans les messages que je reçois des boursiers de la Fondation et dans les sourires des enfants des centaines d’écoles à qui nous offrons des activités culturelles sur tout le territoire… S’il y a une seule leçon à retenir de cette expérience, c’est la suivante : pour unir les gens et leur donner l’envie et la force d’avancer dans la même direction, il faut qu’ils sentent qu’ils sont au cœur d’une cause noble et juste et qu’ils y participent activement. 

Qu’avez-vous fait par la suite, parlez-nous des projets auxquels vous vous êtes consacrée ces derniers mois?

Olfa Terras: J’ai quitté la Fondation pour créer un ­mouvement qui s’appelle 3ich Tounsi et qui n’a aucun lien avec la Fondation (à part moi). Je ne veux pas faire de mélange de genres. La Fondation continuera son travail sur l’éducation et la culture qui sont, selon moi, des fondamentaux.  3ich Tounsi est, quant à lui, un mouvement qui se préoccupe de la chose publique. Je pense que c’est une évolution qui s’est imposée à moi. Je ne l’ai pas cherchée. Elle m’a trouvée pour ainsi dire.

3ich Tounsi est né d’un rêve que partagent des millions de Tunisiens : en finir avec un système injuste qui fait notre malheur et reconstruire une Tunisie prospère et rassurante. Aujourd’hui et plus que jamais, nous ressentons le besoin de vivre sereinement, à l’abri du désordre, de l’insécurité et de la corruption. Entre le mois de novembre 2018 et le mois de février 2019, le mouvement 3ich Tounsi a organisé une grande consultation populaire sur l’ensemble du territoire national.

Sur le terrain, par téléphone et sur les réseaux sociaux, nous avons discuté avec les Tunisiens de leurs problèmes, de leurs besoins et de leurs solutions pour la Tunisie. Avec plus de 400 000 participants, cette consultation est la plus importante jamais réalisée dans l’histoire de notre pays. Elle permettra, l’élaboration d’un plan d’urgence qui nous représentera et que nous avons intitulé «La Feuille de Route des Tunisiens».

Vous êtes maman de 5 enfants, donc quelque part sensible aux défis que peuvent connaitre les jeunes en Tunisie ? Selon-vous, quel avenir pour les moins de 25 ans ? que faudrait-il faire pour eux ?

Olfa Terras: Les jeunes en Tunisie sont révoltés. Ils sont en colère. Certains le manifestent, d’autres ont complètement décroché et le danger est là. Comment redonner espoir et confiance à cette jeunesse désabusée car c’est aussi une question de confiance. Un jeune de 25 ans aujourd’hui n’avait que 17 ans l’année de la révolution. Il a vu son pays sombrer dans le chaos, la corruption généralisée, la pauvreté et l’insécurité pendant ces précieuses années où il construit son avenir et où il a le plus besoin d’espoir et d’horizons lumineux. Il a été mis de côté, oublié par une classe politique trop occupée à se battre pour le pouvoir et non pas pour lui et son avenir. Il ne le leur pardonnera pas.

S’il y a une bataille à mener aujourd’hui, à mon sens, c’est de persuader ces jeunes que leur avenir et leur destin sont entre leurs mains et qu’ils peuvent changer les règles du jeu. Le temps de la légitimité par l’âge est révolu. Ils sont le présent et l’avenir. Ils doivent prendre conscience de leur citoyenneté car ils en ont toujours été écartés. Ils ne sont pas le problème, ils sont la solution.

Vous qui êtes issue du système tunisien, vous ­reconnaissez-vous dans ce que vous voyez autour de nous ?

Olfa Terras: Je pense qu’aujourd’hui la plupart des ­tunisiens ne se reconnaissent plus dans leur propre pays car ce que nous voyons ne nous plaît pas. Cette réalité, nous en sommes responsables et nous devons la changer. Il faut du courage, de la fermeté et de la détermination. Mais nous y arriverons, j’en suis persuadée. Ce sont dans les moments de grand danger qu’un peuple se soude et accomplit des miracles. Nous sommes un grand peuple malgré toutes les auto-flagellations qu’on peut entendre ici et là et qui me désolent.

Comment parvenez-vous à concilier votre vie de famille avec vos engagements professionnels?

Olfa Terras: Je fais comme toutes les mamans du monde: Je rends l’impossible, possible ! Il n’y a pas de recette miracle. Nous savons toutes que nous n’avons qu’un seul choix : celui de conjuguer les deux. Donc nous le faisons. Chacune a sa manière, mais au final nous y arrivons. C’est la magie de la femme !


3ich Tounsi 

www.3ichtounsi.tn

https://www.facebook.com/3ichTounsi/


Article initialement paru dans le Numéro 44


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2 Comments

  • Khedija Arfaoui dit :

    Je suis en admiration et j’attends la suite. Je soutiens absolument ce grand projet bien que trop vieille pour être vraiment utile. J’ai enseigne dans ce lycée de garçons de Bizerte pendant onze ans et j’en garde de tres bons souvenirs

  • Khedija Arfaoui dit :

    Toutes mes felicitations

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