D'ici 2050, les projets d'hydrogène vert mobiliseraient un quart des besoins en eau des Tunisiens, selon des rapports officiels, dans un pays qui serait déjà entré en faillite hydrique. L'électrolyse et le dessalement qu'elle suppose pèsent sur cette ressource, tandis que près de 100 gigawatts d'infrastructures renouvelables seraient nécessaires, sans que l'hydrogène produit profite au marché local, destiné à l'exportation.
Qu'est-ce que l'hydrogène vert, et pourquoi réclame-t-il autant d'eau ?
La Tunisie n'utilisera pas cet hydrogène vert : il sera exporté vers l'Allemagne et les pays d'Europe du Nord.
L'hydrogène vert est un combustible propre et durable, produit par électrolyse de l'eau. Cette définition technique, simple en apparence, porte en elle toute la question de l'eau que ces projets mobilisent.
Le procédé consiste à séparer l'hydrogène de l'oxygène à l'aide d'électricité provenant exclusivement de sources renouvelables, comme le solaire ou l'éolien. Les projets recourent aussi au dessalement : l'eau sert donc deux fois, comme matière première de l'électrolyse et comme ressource qu'il faut d'abord produire pour alimenter le procédé.
Combien d'eau et d'énergie ces projets vont-ils réellement mobiliser ?
Les projets d'hydrogène vert mobiliseront, à l'horizon 2050, un volume d'eau équivalent au quart des besoins des Tunisiens. Le constat inquiète d'autant plus que la Tunisie serait entrée depuis quelque temps dans une phase de « faillite hydrique », avec une part d'eau disponible par habitant en baisse chaque année.
Ces mêmes projets appellent le déploiement d'infrastructures renouvelables d'une capacité avoisinant 100 gigawatts, soit près de vingt fois la production énergétique actuelle du pays.
La Tunisie profitera-t-elle de son propre hydrogène vert ?
La Tunisie est aujourd'hui présentée comme l'un des sites les plus prometteurs de la Méditerranée pour devenir une plateforme régionale de production et d'exportation d'hydrogène vert. Cette promesse soulève une question simple : le marché local bénéficiera-t-il de cette production ?
La réponse, telle qu'elle se dessine, est non. La Tunisie n'utilisera pas cet hydrogène vert : il sera exporté vers l'Allemagne et les pays d'Europe du Nord. La production s'oriente donc vers des usages extérieurs, loin des besoins énergétiques du pays qui l'aura produite.
Où ces projets seront-ils implantés, et pour quel investissement ?
Les projets programmés s'implantent dans le sud tunisien, notamment à Gabès et à Tataouine. Cette implantation place la stratégie hydrogène vert au cœur d'une région déjà marquée par la question de l'eau.
Quant au financement, l'autorité de tutelle estime à environ 117 milliards d'euros le montant des ressources nécessaires pour aménager les infrastructures prévues. Ces fonds seront mobilisés par le biais de prêts et de crédits issus des finances publiques, selon la même source.
Un dialogue national est-il nécessaire avant d'aller plus loin ?
Les projets d'hydrogène vert posent une question de méthode autant que de ressources. Leur coût élevé invite à s'interroger sur la façon dont ils sont validés et adoptés, avant même d'en mesurer les conséquences sur l'eau.
C'est précisément ce que suggère Elyes Ben Ammar : plutôt que d'entériner ces projets dans la précipitation, il aurait été préférable d'ouvrir un dialogue national, ou à défaut une consultation nationale, avant toute validation officielle. Une étape de concertation qui permettrait de mesurer collectivement les arbitrages à faire.
Entre l'eau qu'il consomme et l'énergie qu'il exige, l'hydrogène vert tunisien dessine une équation à plusieurs inconnues : une ressource rare mobilisée pour une production qui partira, pour l'essentiel, vers l'Allemagne et l'Europe du Nord. Gabès et Tataouine porteront ce pari à hauteur des 117 milliards d'euros annoncés, dans une région où la question de l'eau se pose déjà avec acuité.