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Dark academia: comment les années 2010 ont tout changé

La dark academia, c'est cette esthétique sombre et érudite née des bancs de l'école, où la passion pour un art noble côtoie meurtres et secrets. Héritée de Jane Eyre et du Portrait de Dorian Gray, popularisée par Le Cercle des poètes disparus, elle a explosé sur Tumblr et Pinterest dans les années 2010.

La dark academia, c'est quoi au juste ?

«C'est un point de vigilance qu'il faut absolument avoir».

Le décor est planté sur les bancs de l'école, et c'est là que tout commence : vous croisez un personnage qui ne ressemble à personne, un peu en marge du reste de la classe. Dans ce cercle fermé, on ne cultive pas le goût de la moyenne : chacun y voue une passion dévorante à un art jugé noble, et une soif d'apprendre poussée jusqu'à l'excès, presque jusqu'à l'obsession.

Mais ce vernis d'excellence cache ses fissures. Entre histoires de meurtres et secrets chuchotés dans les couloirs, le genre n'hésite pas à noircir le tableau, quitte à instruire de vraies enquêtes sanglantes. Il y glisse aussi des personnages queers et une critique à peine voilée de notre société, assez pour qu'on se demande si l'élitisme qu'il dépeint est vraiment à admirer, ou à se moquer gentiment.

Un genre si neuf que ça ?

On pourrait croire la dark academia née d'hier, portée par les réseaux et les esthétiques à la mode. Le genre est pourtant bien plus ancien : ses prémices remontent au XIXe siècle, avec Jane Eyre de Charlotte Brontë, Les Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë, ou encore Le Portrait de Dorian Gray. Ces classiques annonçaient déjà l'esthétique sombre et érudite qui fait aujourd'hui son succès.

À l'écran, c'est Le Cercle des poètes disparus (1989), avec Robin Williams, qui reste l'une des principales références. Ce film a donné un visage contemporain à un héritage littéraire né au XIXe siècle.

Comment Tumblr, Pinterest et le confinement ont tout accéléré ?

Tout commence dans les années 2010, bien avant que la dark academia n'ait un nom. Le vintage revient en force. Tumblr, puis Pinterest, imposent une esthétique de blazers en tweed, de bibliothèques poussiéreuses et de silhouettes copiées sur les années 1930-1940. Les internautes attendront jusque vers 2015 pour baptiser enfin ce folklore scolaire: la dark academia est officiellement née.

Mais c'est en 2020, avec la pandémie de Covid-19, que tout s'accélère pour de bon. « Avec les confinements, toute une génération de jeunes a été privée d'une scolarité classique », rappelle Nina Gorlier, documentaliste dans un collège. Selon elle, « l'esthétisation et l'idéalisation de la vie universitaire » qu'offre la dark academia en a fait, pour beaucoup, l'échappatoire idéale.

Harry Potter appartient-il à la famille dark academia ?

Harry Potter appartient-il à la famille dark academia ? Nina Gorlier ne tranche pas d'un trait : « il y a débat », reconnaît-elle. Elle concède que « l'esthétique évoque la dark academia », assez pour que la question se pose légitimement.

Mais l'esthétique ne suffit pas à faire le genre. Pour elle, « il manque une critique de la société » et des personnages moins « manichéens ». Harry Potter resterait donc un cousin éloigné de la dark academia, proche par le décor, étranger par le fond.

Esthétique léchée, zone d'ombre : à qui profite vraiment le genre ?

Derrière les bibliothèques photogéniques, l'addition peut piquer. Nora Lake le confirme sans détour : «C'est un point de vigilance qu'il faut absolument avoir». Les dérives qu'elle a en tête sont bien réelles : elles invisibilisent des minorités et habillent d'élégance une vision passéiste et élitiste de l'éducation. Elle pointe aussi un ressort classique du genre : des personnages cyniques, presque blindés contre toute remise en question, un réflexe narratif qu'elle nuance aussitôt, «ces caractéristiques ne semblent plus autant des impératifs avec la nouvelle vague de romans».

Reste à savoir qui, dans tout ça, tire vraiment les marrons du feu esthétique. Nina Gorlier, qui écrit actuellement sa première dark academia, choisit de retenir ce qu'apporte, selon elle, le renouveau récent du genre. Nora Lake, elle, s'en remet plutôt à la lucidité de la lectrice : «Il convient, du coup, au lecteur de faire le tri, je suppose.» Entre élitisme en toc et renouveau sincère, ce tri, justement, ne se fait pas tout seul.

Qu'on y voie un refuge pour nostalgiques ou un miroir tendu à nos propres ambitions, la dark academia tient sa promesse : redonner le goût d'un livre refermé depuis trop longtemps et d'une bibliothèque où la curiosité reprend le pas sur le défilement sans fin. Pas besoin d'un blazer en tweed pour en saisir l'esprit : il suffit de rouvrir un classique comme Le Portrait de Dorian Gray ou Les Hauts de Hurlevent, et de se laisser happer par cette atmosphère où l'érudition flirte toujours un peu avec le mystère.

Questions fréquentes

La dark academia, c'est quoi exactement ?
C'est une esthétique sombre et érudite née sur les bancs de l'école, où la passion dévorante pour un art noble côtoie meurtres et secrets. Elle glisse aussi des personnages queers et une critique à peine voilée de la société, au point qu'on peut se demander si l'élitisme qu'elle dépeint est à admirer ou à moquer gentiment.
D'où vient la dark academia ?
Le genre est plus ancien qu'il ne paraît : ses prémices remontent au XIXe siècle avec Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent et Le Portrait de Dorian Gray. C'est Le Cercle des poètes disparus (1989), avec Robin Williams, qui a donné un visage contemporain à cet héritage littéraire.
Pourquoi la dark academia a-t-elle autant explosé ?
Dans les années 2010, Tumblr puis Pinterest ont imposé une esthétique de blazers en tweed et de bibliothèques poussiéreuses. Le genre est baptisé vers 2015. En 2020, le confinement a accéléré le phénomène : selon Nina Gorlier, l'esthétisation de la vie universitaire est devenue une échappatoire idéale pour une génération privée de scolarité classique.
Harry Potter appartient-il à la dark academia ?
Selon Nina Gorlier, la question fait débat : l'esthétique évoque bien le genre, mais il lui manque une critique de la société et des personnages moins manichéens. Harry Potter resterait donc un cousin éloigné de la dark academia, proche par le décor mais étranger par le fond.
La dark academia a-t-elle des dérives à connaître ?
Nora Lake pointe un vrai point de vigilance : le genre peut invisibiliser des minorités et habiller d'élégance une vision passéiste et élitiste de l'éducation. Elle nuance toutefois que les personnages cyniques et peu remis en question semblent moins systématiques dans la nouvelle vague de romans.

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