En 2021, à 42 ans, il lit encore comme un enfant de quatre ans : la scène se joue au supermarché, un jour banal. Pendant vingt-cinq ans, il a travaillé et fondé une famille sans lire ni écrire, épaulé par son épouse. Le confinement, et leur fils de 10 ans, précipitent le déclic : apprendre, enfin.
Qu'est-ce qui a fait basculer sa vie, ce jour-là au supermarché ?
Apprendre à lire à 42 ans, c'est se donner le droit de recommencer, et de regarder son fils dans les yeux en lui disant qu'on avance, nous aussi, à notre rythme.
En 2021, à 42 ans, elle lit encore au niveau d'une enfant de quatre ans. Ce chiffre, elle ne le découvre pas dans l'abstrait : c'est une scène ordinaire, au supermarché, qui le lui met brutalement sous les yeux. Pas de drame raconté, juste ce moment du quotidien où quelque chose, enfin, se révèle à elle.
Ce jour-là, la crise vécue entre les rayons agit comme un déclic plutôt qu'un choc. Elle comprend qu'il manque quelque chose d'essentiel dans sa vie, et que ce manque a un nom : apprendre à lire et à écrire.
Comment vivait-on, avant, sans savoir lire ni écrire ?
Pendant vingt-cinq ans, il a travaillé, s'est marié et a fondé une famille, sans jamais apprendre à lire ni à écrire. Ce quotidien tenait debout grâce à une organisation minutieuse, pensée à l'avance pour contourner chaque obstacle écrit.
Dans cette vie bâtie au jour le jour, son épouse occupait une place centrale : à ses côtés, elle l'aidait à se repérer dans un monde qui exigeait sans cesse de lire et d'écrire. Entre eux, une complicité silencieuse, tissée de confiance.
Pourquoi le confinement a-t-il tout précipité ?
Pendant les confinements, tout a basculé. Le quotidien bien réglé de ce routier s'est brutalement arrêté, et le monde, raconte-t-il, s'est retourné sens dessus dessous.
Dans cette maison soudain à l'arrêt, sa femme faisait l'école à la maison à leur fils de 10 ans. Lui restait sur le côté, honteux de ne pas pouvoir l'aider, son métier de routier mis en pause. Cette honte discrète mais tenace a fini par devenir le déclic qu'il attendait sans le savoir.
Ce qui reste, au fond, de cette histoire commencée entre deux rayons de supermarché, c'est la preuve tranquille qu'il n'y a pas d'âge pour apprendre à lire et à écrire. La honte ressentie devant son fils, ce jour du confinement, n'a pas eu le dernier mot : elle s'est transformée en élan, porté par la complicité de son épouse et par l'envie, enfin, de ne plus se tenir à l'écart. Apprendre à lire à 42 ans, c'est se donner le droit de recommencer, et de regarder son fils dans les yeux en lui disant qu'on avance, nous aussi, à notre rythme.