En plein cœur de la médina de Tunis, un palais du XVIIIe siècle a traversé les régimes et les usages sans jamais perdre son âme. Dar Sfar, aussi appelée « Le palais de la Médina », a été résidence beylicale, demeure de grande famille, premier bar-restaurant de Tunisie, avant de devenir aujourd’hui café, galerie d’art et salle des fêtes sous l’impulsion de la famille Zahmoul, qui en a fait l’un des rendez-vous des artistes de la capitale.
Un palais du XVIIIe siècle au cœur de la médina
Nul n’ignore Le palais de la Médina. L’espace imposant se situe en plein cœur de la médina de Tunis, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, et fut bâti durant le XVIIIe siècle. Les architectes d’alors étaient, selon la tradition orale rapportée autour du lieu, originaires du Khorassan perse — les khorassanides ayant marqué l’histoire de la Tunisie de leur empreinte artistique. La construction compte parmi les plus importantes de son époque : on y tenait couramment des réunions ayant trait à la politique, mais aussi aux arts et à la culture. L’architecture, et notamment ses couleurs et ses ornements, a grandement contribué à cet échange d’idées, porté par le savoir-faire des métiers d’art tunisiens.
Une architecture impressionnante, des propriétaires prestigieux
Durant l’époque husseinite, l’établissement a été l’une des demeures préférées du bey, avant de devenir la propriété de la famille Sfar, originaire de Mahdia. Après l’indépendance, c’est Wassila Bourguiba qui en devient propriétaire, avant de transformer le lieu en bar-restaurant : le premier du genre en Tunisie. Dar Sfar devient alors le rendez-vous favori des artistes et chanteurs tels qu’Ali Riahi, Hédi Jouini, Hédi Kallel ou encore Hédi Semlell. Zohra Lambouba y a même dansé. Un endroit visité par de nombreuses personnalités politiques, tunisiennes comme étrangères.
De la famille Sfar à la famille Zahmoul : une renaissance depuis 2017
En 2017, le lieu devient la propriété de la famille Zahmoul, qui en fait un café, une galerie d’art, un rendez-vous pour tous les artistes, amateurs et critiques d’art, ainsi qu’une salle des fêtes réputée dans toute la capitale. Le lieu associe depuis tradition et modernité, fidèle à l’ambition affichée par son propriétaire au moment de la reprise.
Un patrimoine qui se visite et se vit, entre architecture khorassanide, mémoire des artistes qui ont fait la scène culturelle tunisienne et vie artistique bien vivante aujourd’hui — à découvrir au plus vite pour qui n’a pas encore poussé sa porte.