Bien traiter les autres personnes est non seulement bon pour votre karma, mais aussi pour votre santé et votre vitalité. Voici pourquoi la bonté se travaille comme une compétence, et comment la cultiver au quotidien.

Le pouvoir de la bonté : quelques explications

Barbra Fredrickson, titulaire d’un PhD en psychologie et auteure du livre L’amour 2.0 : ces micro-moments d’amour qui vont transformer votre vie, explique que les micro-moments de connexion avec les autres personnes améliorent la résistance émotionnelle. Ils renforcent le système immunitaire et réduisent la vulnérabilité à la dépression et à l’anxiété. Ces micro-moments sont simples : sourires échangés, expression de sa sollicitude, témoignage de sa compassion envers qui en a besoin. Selon elle, la psyché humaine a autant besoin de connexions positives que le corps a besoin de nourriture saine.

« Les moments d’émotions positives fonctionnent comme des nutriments pour la créativité, la croissance et la santé », nous dit-elle.

Pourtant, alors que personne ne se réveille avec la ferme intention de pester contre les autres conducteurs sur la route, ni d’engueuler ses enfants ou d’humilier ses employés, c’est tout ce que nous semblons capables de faire à mesure que la journée avance et que nos humeurs s’assombrissent.

D’après Elisha Goldstein, également titulaire d’un PhD en psychologie et auteure du livre Uncovering Happiness: Overcoming Depression with Mindfulness and Self-Compassion, ce comportement serait dû à nos cerveaux, qui favorisent la prudence basée sur la peur au détriment d’un comportement plus ouvert et plus positif. Nous aurions ainsi érigé un mécanisme de défense pour nous protéger d’éventuels dangers, sans réaliser que nous éloignons nos rapports avec les autres.

« Nous vivons dans une sorte de pénurie fondamentale »

Kristi Nelson, directrice exécutive de Grateful Living, association qui promeut la pratique de la reconnaissance et de la gratitude

Cette pénurie enclenche un sentiment de rareté qui tend à régir nos vies, menant à une course constante, une précipitation perpétuelle qui aggrave souvent les situations. Chaque personne se soucie exclusivement de son propre confort, sans avoir le temps, l’envie ou l’énergie de se soucier du bien-être des autres — il suffit de regarder nos routes pour le constater. À cause de ce genre de pression, l’idée même d’être aimable, de témoigner de l’intérêt pour les autres, de faire preuve d’empathie, passe au mieux pour un luxe, au pire pour de la bêtise. Pourtant, penser aux besoins des autres réduit nos angoisses et nos anxiétés.

En 2013, Barbara Fredrickson a mené, pendant six semaines, une étude à Chapel Hill, à l’Université de Caroline du Nord, pour tester les effets de la méditation sur le stress. Au lieu de se concentrer sur un mantra, le bruit de la respiration ou le son d’une cloche, les participants ont été invités à méditer sur des pensées compatissantes envers eux-mêmes et d’autres personnes, y compris celles qu’ils n’aimaient pas. À la fin des six semaines, les examens réalisés ont montré une amélioration du tonus vagal (le nerf vague régule la digestion et le système cardiovasculaire), et les participants ont déclaré une augmentation de leurs sentiments positifs.

Avec de la pratique, exprimer de la bonté devient plus facile : Elisha Goldstein explique qu’en faisant de bonnes actions envers les autres, nos habitudes mentales de rigidité et de négativité diminuent.

Cultiver la bonté

Ajustez vos réponses automatiques

Le stress déclenche en nous des réactions désobligeantes. Lorsque nous leur cédons — en maudissant un chauffard, en bousculant nos enfants, en criant, en nous disputant avec notre entourage —, nous finissons par nous sentir encore plus mal qu’au départ, et notre stress s’amplifie parce que nous culpabilisons. Pour fuir ces cercles vicieux, nous cherchons le réconfort là où nous pouvons le trouver : suralimentation, alcool, tabac, chocolat, smartphone.

Il est possible de reformater ces réponses automatiques et d’installer de nouvelles habitudes mentales. Elisha Goldstein explique que le cerveau possède la faculté de se mettre sur pilote automatique et d’exécuter des actions en fonction des habitudes prises. Quand on a conscience de vouloir devenir plus gentil, on entreprend certaines pratiques qui permettent d’installer progressivement davantage d’amabilité.

Lorsque vous éprouvez de l’irritation, essayez de rediriger votre esprit : ne tentez pas de faire preuve de gentillesse dans l’immédiat, mais bougez si vous le pouvez, sinon respirez. Concentrez-vous quelques secondes sur l’air que vous inspirez, retenez votre souffle, puis expirez lentement en pensant uniquement à ce mouvement respiratoire — jusqu’à vous sentir mieux, puis bien.

Placez votre main sur votre cœur

Cette méthode est tellement simple qu’on a du mal à croire qu’elle puisse être vraie. Placer la main sur le cœur engendre, avec une incroyable efficacité, un sentiment de compassion et d’empathie. C’est ce qu’affirme Kristin Neff, titulaire d’un PhD et professeure de développement humain, de culture et d’apprentissage des sciences à l’Université du Texas, auteure du livre L’auto-compassion : une méthode pour se libérer des pensées et des émotions qui nous font mal. Nous serions, physiologiquement, programmés à reconnaître ce geste comme appartenant à l’auto-apaisement.

« Au début, cette pratique peut sembler bizarre. Mais notre système mammifère réagit immédiatement à ce simple contact. Vous commencez à employer un ton plus chaleureux, plus doux, envers vous-même et les autres. »

Admet Kristin Neff.

Déplacez votre attention sur ce qui fonctionne

Essayez, autant que possible, de cultiver un sentiment de satisfaction. Nous traversons tous des périodes plus difficiles que d’autres, avec nos doutes et nos peurs, peu importe le problème. Prenez un peu de recul et pensez à quelques aspects positifs de votre vie : parfois, on peut faire preuve de bonté simplement en s’arrêtant un moment et en prenant conscience de ce qu’on possède déjà — être en bonne santé, être aimé, disposer de vêtements chauds pour l’hiver, de l’air conditionné l’été, de l’eau potable tous les jours, et même de la capacité de lire ces mots.

Souvenez-vous de la différence entre obligations et opportunités

« Nous sommes tellement pris par nos obligations que nous en arrivons à traiter les gens comme des obstacles qui se dressent sur nos chemins, ou comme un moyen pour arriver à un but »

Fredrickson

Pourtant, communiquer et interagir avec un autre individu est une expérience à chérir, à partager, au cours de laquelle des liens peuvent se créer. Être capable de vivre chaque moment doucement, et de lui donner son temps d’être vécu, peut avoir des effets profonds et indéniables. Au lieu de penser à l’événement qui suit, il vaut mieux vivre le moment présent et être réellement à l’écoute — les gens qui nous entourent en ressentent la différence, et cela les conduit à faire de même pour nous.

« Quand nous sommes réellement présents, nous inspirons d’autres personnes à faire de même pour nous. »

Ajoute Goldstein.

Respectez ceux que vous aidez

Aider autrui est un acte noble, mais la manière dont vous le faites compte tout autant : l’acte est magnanime et généreux, mais il peut vite se transformer en acte de charité qui vous met dans une relation verticale avec l’autre.

« L’humilité est l’ingrédient clé pour la bonté. Si vous faites une action charitable en vous imaginant meilleur, alors il vaudrait mieux que vous ne fassiez rien. »

Agissez et traitez les autres comme vos semblables, vos égaux — ne vous montrez pas supérieure à eux simplement parce que vous êtes en mesure de faire pour eux ce qu’ils ne peuvent pas faire pour eux-mêmes. N’oubliez pas que dans le cours de l’action, vous ne faites pas que donner : vous recevez également, simultanément.

Commencez chez vous

Différentes études montrent que nous sommes plus enclins à être agréables avec les étrangers qu’avec les personnes qui partagent notre quotidien. Il serait pourtant juste que les personnes qui vivent avec nous profitent aussi de notre facette la plus joyeuse : elles méritent notre bonté tout autant que les autres, même si elles ont davantage de chance de nous énerver, de nous ennuyer ou de nous rudoyer. Relever ce défi, c’est vraiment être en train d’évoluer.

Souvenez-vous : la bonté est une pratique, pas un projet

Faire preuve de bonté est une quête où les défis sont inévitables : il y aura toujours quelqu’un pour vous énerver en pleine circulation, toujours des potins, toujours de la méchanceté. Il n’y a rien à y faire, et ce n’est pas grave — il est préférable de vous imaginer en train de mener un projet ludique, d’essayer de vous reprogrammer, de devenir une meilleure version de vous-même. Cela demande une certaine souplesse.

Si vous voyez que vous devenez trop nerveuse, c’est que vous êtes sur le mauvais chemin : arrêtez-vous un peu, refaites le point et prenez une voie différente. La bonté n’est pas un accomplissement, c’est un chemin qu’on emprunte — une route, pas une destination. Vous ne pourrez jamais parvenir à LA Bonté, qui est un idéal ; vous pouvez seulement faire preuve de bonté et espérer pouvoir en faire davantage. C’est un éternel recommencement, qui nous rappelle notre condition humaine et notre petite dimension.

« La bonté n’est pas un accomplissement, c’est un chemin qu’on emprunte. Vous ne pourrez jamais parvenir à LA Bonté, qui est un idéal ; vous pouvez seulement faire preuve de bonté, et espérer pouvoir en faire davantage. »

Questions fréquentes

Quels sont les bienfaits scientifiquement observés de la bonté ?

Les micro-moments de connexion positive améliorent la résistance émotionnelle, renforcent le système immunitaire et réduisent la vulnérabilité à la dépression et à l’anxiété (Barbra Fredrickson). Une étude de 2013 a aussi montré une amélioration du tonus vagal après six semaines de méditation compatissante.

Pourquoi avons-nous du mal à être bienveillants au quotidien ?

Notre cerveau favorise une prudence basée sur la peur, un mécanisme de défense hérité qui nous pousse à nous replier sur notre propre confort plutôt que vers un comportement ouvert et positif (Elisha Goldstein).

Quel geste simple aide à cultiver la compassion ?

Placer la main sur son cœur : un geste physiologiquement associé à l’auto-apaisement, qui engendre rapidement un sentiment de compassion et d’empathie, envers soi comme envers les autres (Kristin Neff).

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Originally posted 2017-11-01 14:00:11.

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