Pour rafraîchir sa maison sans climatisation, la médina de Tunis offre déjà la réponse : un patio tourné vers le ciel pour capter l'air et la lumière sans exposer la maison au soleil, et le moucharabieh, cette cloison de bois ajouré pensée pour laisser circuler le vent sans laisser entrer la chaleur ni les regards.
Pourquoi les maisons de la médina se fermaient-elles sur l'extérieur ?
Et si la clim ronronnante n'était, finalement, qu'un aveu de paresse architecturale ?
Dans la médina de Tunis, inscrite depuis 1979 au patrimoine mondial de l'Unesco, rien ne se devine depuis la rue. Les façades restent sobres et closes, car le climat, le mode de vie et l'environnement naturel y ont imposé un monde cerné de murs, refermé sur lui-même, de la maison jusqu'à la ville entière. Vous retrouvez là une architecture pensée pour se protéger, jamais pour se montrer.
Mais ce repli n'est jamais total : il garde toujours une ouverture, celle du patio. En tournant le regard vers le ciel plutôt que vers la rue, les bâtisseurs ont donné à la maison son propre air et sa propre lumière, sans jamais l'exposer aux regards ni à la chaleur du dehors. Fermer ses murs, dans la médina, n'a donc jamais voulu dire fermer sa maison.
Le moucharabieh faisait-il vraiment plus que décorer ?
On la croit décorative, cette cloison de bois tourné qui dentelle les fenêtres des vieilles demeures. Elle l'est, mais pas seulement : le moucharabieh est avant tout une cloison ajourée, en bois tourné ou en plaque de gypse, répandue dans l'architecture traditionnelle des pays arabes, et conçue pour laisser circuler l'air. Son ouvrage ciselé perce la façade de mille petits passages qui invitent le vent à entrer sans laisser entrer le regard ni le soleil direct.
L'origine du mot le confirme. Moucharabieh vient d'une racine arabe qui signifie boire, celle-là même qui a donné sirop, sorbet et chorba : on avait l'habitude de boire à l'ombre du moucharabieh, là où l'air circulant rafraîchissait la pièce. Avant d'être un motif d'architecte, c'était donc un instrument de confort, pensé pour ventiler avant de plaire.
Que nous apprennent les maisons creusées de Matmata ?
Direction le sud, à Matmata, village du gouvernorat de Gabès, à quarante kilomètres au sud-ouest de la ville. L'endroit est connu pour ses habitations troglodytiques, creusées à même le flanc de la colline. Plutôt que de bâtir contre la chaleur, on s'enfonce dans la terre, qui enveloppe la maison et la tient à l'abri du soleil toute la journée.
Cette façon de construire n'est pas une mode récente : elle existait déjà à Matmata il y a trois mille ans. Les Phéniciens l'ont adoptée, puis les Romains ont repris cette même idée pour bâtir des appartements d'été.
Et si la solution venait d'ailleurs : à quoi ressemble un bâdgir ?
En Iran, cette intelligence du bâti porte un nom : le bâdgir, l'attrape-vent. C'est un conduit vertical, semblable à une haute cheminée, percé de longues fentes qui happent le moindre souffle pour le faire descendre dans la maison. Rien d'électrique là-dedans : juste une forme qui travaille pour vous, pensée bien avant l'invention du climatiseur.
Ce geste porte un nom savant : l'architecture bioclimatique, cette discipline qui tire parti du climat, de la géographie et de l'environnement d'un site plutôt que de lutter contre eux. Le bâdgir en est une version parmi d'autres, et la leçon voyage bien au-delà de l'Iran : la vraie fraîcheur ne descend pas d'une prise électrique, elle se pense dans les murs.
Et si la clim ronronnante n'était, finalement, qu'un aveu de paresse architecturale ? Les bâtisseurs d'hier n'avaient pas de bouton froid sur un boîtier au mur, ils avaient l'intelligence du vent, de l'ombre et de la pierre, et ça marchait très bien, merci pour eux. Chez vous, pas besoin de creuser un patio ni de s'enfoncer dans une colline : fermez le jour, ouvrez la nuit, laissez volets et rideaux jouer leur rôle, et cherchez le courant d'air qui traverse plutôt que celui qui stagne. Une jarre d'eau, quelques plantes : déjà de quoi changer l'air. Ajoutez des couleurs claires sur les murs, et pourquoi pas un joli panneau de bois ajouré commandé chez un artisan, pour un clin d'œil au moucharabieh sans renoncer à votre salon du vingt et unième siècle. Votre thermostat vous dira merci, et vos ancêtres aussi.