Une bibliothèque chez soi est une architecture qui traverse les époques. Le décorateur Thomas Jayne rappelle qu'Edith Wharton et Ogden Codman pensaient déjà les rayonnages encastrés comme une pièce à part entière, capables de réchauffer un salon et d'apaiser toute une maison.
Pourquoi les bibliothèques encastrées traversent-elles les époques ?
L'écrit encouragerait la parole, et rendrait la conversation plus facile dans ces pièces habillées de livres.
Avant d'être une mode, la bibliothèque encastrée est une vieille histoire de maison. Le décorateur Thomas Jayne rappelle que la question occupait déjà Edith Wharton et Ogden Codman, qui réfléchissaient ensemble à la bibliothèque, au petit salon, et même au fumoir d'autrefois. Pour eux, les rayonnages encastrés n'étaient pas un simple décor : c'était une pièce d'architecture à part entière, rendue possible par l'évolution des reliures, qui permit enfin de ranger les livres debout plutôt que couchés.
Jayne note aussi une nuance révélatrice : la France penchait pour l'encastré, tandis que l'Amérique et l'Angleterre préféraient les meubles de bibliothèque indépendants. Lui-même avoue une préférence pour les premiers. Un mur de livres construit dans les murs, donc, plutôt que posé devant eux.
Faut-il bannir le papier peint et les bibliothèques basses à tableaux ?
Sur le papier peint, la réponse ne traîne pas. Wharton et Codman estimaient que ce revêtement, surtout posé au plafond, avait abîmé les intérieurs de leur temps, et ils plaidaient pour un espace plus sobre. Un siècle plus tard, le constat garde sa force : dégagez vos murs, laissez respirer la pièce, et vous retrouverez l'effet qu'ils cherchaient déjà.
Les bibliothèques basses surmontées de tableaux, elles, méritent plus de nuance. Motif classique du dix-neuvième siècle, elles laissaient Wharton et Codman plutôt tièdes. Jayne, lui, se montre plus indulgent : il apprécie le poids visuel qu'elles apportent à une pièce, cette présence qui ancre un salon sans l'alourdir.
Quels livres choisir pour que la bibliothèque ait une âme ?
Pour Jayne, une bibliothèque sans livres est une pièce sans âme. Si vous n'êtes pas du genre à collectionner les éditions rares mais que vous lisez vraiment, il recommande de choisir des livres contemporains qui reflètent vos propres goûts plutôt que des volumes choisis pour l'effet.
Lui-même applique ce principe chez lui : dans son loft new-yorkais, une boîte de placoplâtre dépouillée de tout élément d'architecture, il vit avec son mari, collectionneur de livres de cuisine américains. Ensemble, ils ont laissé quelque cinq mille livres envahir l'espace.
Un mur de livres peut-il vraiment apaiser une pièce ?
On ne s'en rend pas toujours compte, mais une bibliothèque bien remplie change la façon dont on se parle entre quatre murs. Les rayonnages chargés de livres absorbent le son : moins d'écho, moins de voix qui montent pour se faire entendre. C'est ce qu'observe Jayne : l'écrit encouragerait la parole, et rendrait la conversation plus facile dans ces pièces habillées de livres.
Ces murs garnis deviendraient ainsi souvent le lieu des échanges les plus chaleureux de la maison : on y parle plus bas, on s'y installe plus longtemps, sans avoir à hausser le ton pour se comprendre. Un mur de livres façonnerait, en silence, la qualité même de nos conversations.
Une bibliothèque ne se décrète pas : elle se construit, rayon après rayon, avec les livres qu'on relit vraiment. Pas besoin d'un mur entier ni d'une collection savante pour commencer : un coin de salon, une étagère au bout du couloir, quelques titres qui vous ressemblent suffisent à réchauffer une pièce et à donner, sans un mot, le ton des conversations qu'on y tiendra.