Poser des carreaux ciment, un zellige ou une céramique de Nabeul chez soi ne tient pas du musée : il suffit de doser. Nés en Ardèche vers 1850, les carreaux ciment côtoient le zellige, venu du Maghreb ou d'Andalousie, et les pièces artisanales de Nabeul, ville du Cap Bon proche de Tunis et de Hammamet, pour un intérieur vivant, pas figé.
Carreaux ciment, zellige : d'où vient ce patrimoine qu'on pose chez soi ?
le patrimoine se porte mieux dans le creux d'un geste quotidien que juché sur un piédestal
Né vers 1850 en Ardèche, terre de cimenterie, le carreau ciment doit son procédé à un entrepreneur de travaux publics, Étienne Larmande. Pressé à froid, sans cuisson, il se distingue par sa fabrication à l'aide d'une presse hydraulique. Dix ans plus tard, la maison Lachave, fondée à Viviers, en Ardèche, diffuse moules et presses à l'ensemble des manufactures locales.
Le zellige suit un tout autre chemin. Son nom viendrait de l'arabe zellige (petite pierre polie) ou de racines andalouses, et il appartient au vaste répertoire de la mosaïque ornementale propre à l'architecture islamique. Ses origines restent floues : la technique se serait développée presque en même temps au Maghreb et dans la péninsule Ibérique, héritière des mosaïques romaines et byzantines.
Pourquoi la céramique de Nabeul porte-t-elle ce savoir-faire aujourd'hui ?
Nabeul est le chef-lieu du gouvernorat qui porte son nom, sur la péninsule du Cap Bon, au sud de celle-ci, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Tunis et non loin de Hammamet. Avec environ 70 000 habitants, c'est une ville de taille moyenne, loin de l'anonymat des grandes métropoles, où un objet garde une adresse précise.
Parmi les pièces qui installent du patrimoine chez soi, le plateau en céramique de Nabeul aux motifs géométriques discrets se distingue par sa sobriété : une géométrie qui structure sans envahir, pensée pour vivre au quotidien plutôt que pour trôner derrière une vitrine. Choisir ce plateau, c'est ancrer sa décoration à un lieu nommé, et non à un style sans origine.
Comment doser ces matières sans transformer son salon en musée ?
La leçon du minimalisme tunisien tient en une phrase : marier l'épure des lignes à la chaleur de quelques pièces artisanales, poteries aux tons de terre et bois patiné, qu'un textile tissé main vient adoucir. Pas d'accumulation, mais une sélection. Un vase en céramique posé sur une étagère nue, un plateau en métal martelé qui attend votre thé à la menthe du soir : chaque objet respire, parce qu'il est seul à parler.
Ces pièces façonnées à la main apportent une touche organique sans jamais surcharger l'espace, à condition de les laisser dialoguer avec des textiles sobres plutôt que de les empiler. Associez-les à des nappes ou des coussins tissés main, aux rayures épurées, pour un équilibre entre fonctionnalité et élégance intemporelle. Un coussin glissé sur un canapé aux lignes pures suffit souvent à faire basculer une pièce vers l'intime, sans jamais la charger.
Comment choisir LA pièce qui vous ressemble vraiment ?
Décorer sa maison, c'est d'abord raconter une histoire : la vôtre. Avant de regarder les tendances, feuilletez vos albums de famille et revisitez les lieux qui vous ont marquée : un voyage en bord de mer, une sortie entre amies sous les oliviers, ou cette maison d'enfance aux murs ocre. Les intérieurs les plus réussis ne suivent pas les modes, ils captent l'essence de ceux qui y vivent.
C'est ce fil qui doit guider le choix d'un carreau de ciment ou d'un zellige : ce qui vous ressemble, car les tendances passent et cela, lui, reste. Une maison qui reflète votre personnalité devient un refuge, un espace où vous vous sentez pleinement chez vous. Le minimalisme se mesure à la place que vous donnez à ce qui compte vraiment : mieux vaut une pièce patrimoniale choisie avec le cœur qu'une multitude de touches décoratives sans lien avec votre histoire.
Au fond, le secret tient moins au nombre de pièces qu'à l'espace qu'on leur laisse pour respirer : un plateau en céramique de Nabeul, une poterie en terre, un coussin tissé main, chacun porte une histoire précise, et c'est cette précision qui empêche le salon de basculer vers le décor sans âme ou vers le capharnaüm patrimonial. Choisissez une pièce, vivez avec elle, laissez le reste nu : le patrimoine se porte mieux dans le creux d'un geste quotidien que juché sur un piédestal.