Pardonner sans oublier, ce n'est pas un numéro d'équilibriste : c'est un choix, qui n'efface rien et n'oblige à rien. Desmond et Mpho Tutu proposent quatre temps simples : raconter, nommer la blessure, accorder le pardon, puis choisir de renouer ou de tourner la page, la tête haute.
Quelles sont les quatre étapes du pardon selon Desmond et Mpho Tutu ?
Faire d'une personne un monstre, disent-ils, revient à la dispenser de répondre de ses actes.
Desmond et Mpho Tutu proposent un chemin en quatre temps. D'abord, raconter ce qui s'est passé, sans l'enjoliver ni le minimiser. Ensuite, nommer précisément ce qui a fait mal : une blessure tue reste difficile à soigner. Vient alors le pardon, accordé pour de bon. Enfin, un choix vous appartient : renouer le lien, ou vous en libérer pour avancer sans lui. Une remarque blessante d'une amie, un silence qui s'éternise avec un parent : le chemin reste le même, que vous choisissiez de renouer ou de tourner la page la tête haute.
Les Tutu rappellent aussi que rien n'est, selon eux, impardonnable : personne n'est hors de portée de ce chemin. Faire d'une personne un monstre, disent-ils, revient à la dispenser de répondre de ses actes. Pardonner n'efface donc rien, cela remet chacun face à ce qu'il a fait, et vous redonne la liberté de choisir la suite.
Pardonner, ce n'est pas oublier : alors c'est quoi ?
Commencez par ce qu'on vous a peut-être mal expliqué : pardonner n'efface rien. Ce que vous avez vécu reste injuste, votre souffrance garde toute sa légitimité. Le pardon ne vous demande ni d'excuser ce qui vous a blessée, ni de rouvrir la porte à qui vous a fait mal : deux idées reçues qui collent souvent au mot, et qui le trahissent.
Ce qu'il est, alors, tient en une phrase simple : un choix. Celui de déposer la rancœur qui vous enchaîne encore à un passé que plus rien ne peut changer. Loin d'un précepte moral qu'on vous imposerait de l'extérieur, c'est une décision qui vous appartient en propre, et dont les effets se mesurent jusque dans le corps.
Pourquoi la vérité doit-elle venir avant la réconciliation ?
Pour Desmond Tutu, l'ordre des mots n'est pas un détail : on ne répare rien sans d'abord savoir ce qui s'est passé. Il insiste sur ce point au sujet de la Commission vérité et réconciliation, qui a d'abord été, dit-il, une commission de vérité, faute de quoi aucune réconciliation n'aurait été possible. Les auteurs amnistiés ont dû raconter ce qu'ils avaient fait, mot après mot. Dans le couple ou en famille, c'est la même exigence : avant de se réconcilier avec quelqu'un, il faut accepter d'entendre, et de dire, ce qui s'est réellement passé.
Mpho Tutu ne s'exclut pas de cette exigence. Dans l'introduction du livre, elle raconte aussi son propre chemin de pardon, avec ses résistances, celles qui ressemblent aux vôtres quand on vous demande de pardonner trop vite. La fille de Desmond Tutu n'est pas dispensée du doute ni du refus passager : elle le traverse, elle aussi, avant d'arriver à l'autre bord.
Comment pratiquer le pardon, concrètement ?
Desmond Tutu et sa fille Mpho ne laissent pas le pardon à l'abstrait : ils proposent deux gestes simples à s'approprier. Porter sur soi une pierre, comme un petit rituel qui rappelle, au creux de la poche, que le travail est en cours. Ou suivre du doigt, lentement, le tracé d'un labyrinthe inspiré de celui de la cathédrale de Chartres, une méditation qui avance pas à pas, comme le pardon lui-même. Une façon de se donner un chemin vers le fait de renouer, ou simplement de se libérer.
Car ne pas pardonner a un prix, nous dit Christel Petitcollin : on reste enfermé dans le rôle de victime de ce que les autres nous ont fait. Un rôle qui pèse, qui empêche d'avancer. La pierre dans la poche, le labyrinthe du bout des doigts : ce sont des portes qu'on choisit d'ouvrir, à son rythme, pour sortir de ce rôle-là et retrouver un peu de légèreté.
Ce chemin ne se parcourt jamais d'un seul bond, et il n'exige pas qu'on reprenne demain la main de qui nous a blessées. Raconter, nommer la blessure, accorder le pardon, puis choisir librement de renouer ou de tourner la page : les quatre pas restent les mêmes, qu'il s'agisse d'une amie, d'un parent ou de vous-même. Vous n'oubliez rien, vous ne devez rien à personne, mais vous vous redonnez le droit d'avancer, le cœur un peu plus léger.