Pardonner, ce n’est ni excuser le tort subi ni s’obliger à renouer : c’est le choix de déposer la rancœur pour cesser d’être prisonnier d’un passé que personne ne peut changer. Loin d’un précepte moral ou religieux, le pardon est une décision qui vous appartient — et ses effets sur la santé sont mesurables. Dans cet article, nous verrons pourquoi le ressentiment nous abîme, ce qu’est réellement le pardon, ses bienfaits prouvés sur le corps et le mental, et les étapes concrètes pour l’apprivoiser au quotidien.
L’erreur est humaine, le pardon divin.
Alexander Pope
Pourquoi le non-pardon devient-il notre prison émotionnelle ?
Le non-pardon s’érige aujourd’hui presque en règle sociale. Blessé, spolié, humilié ou ignoré, nous voulons que justice soit faite. Quelque chose nous a fait mal. Quelqu’un nous a fait tort et nous voulons nous assurer que cela ne se reproduise plus.
« Plus jamais ça ! » pensons-nous. Nous repensons constamment au moment où le coup nous a été porté et nous fantasmons sur les réactions que nous aurions voulu avoir. Peu à peu, une spirale infernale s’installe : nous revivons une blessure émotionnelle et nous nous énervons contre le sentiment d’impuissance qui accompagne cette scène obsédante.
Nous nous nourrissons de notre colère. Nous alimentons notre angoisse. En fin de compte, nous devenons prisonniers d’un passé contre lequel personne ne peut rien faire.
Les conséquences destructrices du ressentiment
Rester dans cet état alimente le sentiment d’injustice et d’insatisfaction. Ces émotions engendrent à leur tour un désir de vengeance ou de compensation : « Tu vas me le payer bien cher ! Tu vas voir ce que tu vas voir. »
Ce ressentiment a pourtant un prix, et chaque personne qui le porte en son sein reste seule à le payer. Non seulement il nous rend aveugles aux opportunités du présent, mais il nuit gravement à notre santé. Les symptômes sont nombreux :
- Hypertension artérielle
- Fragilité immunitaire
- Maux de tête et vertiges
- Nausées et tachycardies
- Insomnies
- Dépression
Les études tirent de plus en plus la sonnette d’alarme sur ces effets dévastateurs.
Qu’est-ce que le pardon véritable ?
Pour comprendre ce qu’est le pardon, commençons par dire ce qu’il n’est pas.
Ce que le pardon n’est pas
Pardonner n’est pas excuser le tort subi : votre souffrance reste justifiée et légitime. Pardonner n’est pas non plus synonyme de réconciliation. Vous n’êtes pas tenue de renouer avec le conjoint qui vous a trompée ou l’ami qui vous a trahie.
Le pardon représente un choix, non une obligation morale ou un précepte religieux.
La vraie nature du pardon
Nous abandonnons le besoin pressant de nous venger, quelle que soit la gravité de la situation, et nous nous libérons de la rancœur qui nous anime. Pardonner signifie que nous choisissons de laisser le passé derrière nous.
Nous décidons de mettre un terme aux projections mentales jouées en boucle. Nous les remplaçons par de nouvelles images, un nouveau script qui nous permet de prendre de la distance et de la hauteur.
Cela signifie également que nous assumons notre part de responsabilité. Certes, quelqu’un vous a fait très mal et vous avez le droit d’être en colère. Vous restez néanmoins responsable de la douleur que vous vivez maintenant.
Les étapes du pardon selon Joanna North
La philosophe Joanna North définit le pardon comme un processus comportant plusieurs étapes :
- Accepter la douleur éprouvée : nous avons le droit d’avoir de la peine.
- Admettre l’injustice : le mal subi était injuste et le restera toujours.
- Reconnaître notre droit à la colère : personne n’a le droit de nous faire mal.
- Choisir d’abandonner notre droit : renoncer au droit d’être en colère et d’éprouver de la rancœur.
- Pratiquer la bonté : faire preuve de compassion envers une personne qui ne la mérite pas.
- Cultiver la bienveillance : couvrir son tourmenteur d’une pensée bienveillante.
- Offrir l’amour : donner de l’amour à une personne haïssable.
Les bienfaits scientifiques du pardon sur votre santé
Les bénéfices physiques prouvés
Le pardon offre une meilleure qualité de vie et maintient le corps en meilleure santé. Selon WebMD.com, pardonner produit des effets mesurables :
- Réduction de la tension artérielle
- Renforcement du système immunitaire
- Diminution du taux d’hormones de stress
- Disparition des maux de dos, des problèmes d’estomac et des maux de tête
Les améliorations psychologiques
Le pardon réduit également les sentiments de colère et d’amertume. Il aide à surmonter la dépression et libère des émotions négatives.
Ces résultats ont été corroborés par une étude du Journal of Health Psychology. Les chercheurs ont conclu que se pardonner à soi et aux autres permet de réduire le stress et d’améliorer la santé mentale.
Le pardon dans les traitements médicaux
Aux États-Unis, la thérapie du pardon fait intégralement partie des traitements du cancer — au même titre que l’accompagnement qui aide à traverser les épreuves d’un cancer. Les personnes capables de pardonner peuvent modifier leur rythme cardiaque, réduire leur tension artérielle, diminuer leur douleur physique et soulager leur dépression.
Comment pratiquer le pardon au quotidien ?
Comprendre que le pardon ne concerne que vous
Le pardon n’affecte que vous, même s’il peut inspirer d’autres personnes. Cet acte noble n’a pas pour vocation de changer l’autre : les prises de conscience restent personnelles, et vous ne pouvez pas en avoir à la place de l’autre.
En revanche, vous avez le pouvoir de vous libérer, de vous détacher, de ressentir la paix et d’opter pour la bienveillance à la place de la colère.
Les étapes pratiques vers le pardon
Le pardon ne se produit pas par enchantement. Il résulte d’une décision prise en toute connaissance de cause, quelle que soit votre motivation.
1. Confronter la blessure émotionnelle
Il faut se résoudre à confronter cet épisode douloureux. Lorsque nous sommes blessés par une trahison ou un sentiment d’injustice, nos mécanismes de défense érigent des barrières pour éviter la souffrance.
Notre instinct de survie met la blessure sur « off », comme une compresse sur une plaie physique. Sans traitement approprié, cette blessure émotionnelle risque pourtant de s’infecter. Ce refus d’esquiver la douleur rejoint un même apprentissage : celui d’avancer après une épreuve sans se forcer à « passer à autre chose ».
2. Accepter et exprimer ses émotions
Pour guérir de sa colère, de son amertume et de sa rancœur, il faut entrer en contact avec sa blessure intérieure. Pardonner demande du courage : celui de confronter sa douleur, de l’accepter et de l’apaiser, sans se juger.
Respectez la tristesse, la frustration et la colère que vous ressentez. Cette démarche vous pousse à déchiffrer ce que vous occultiez inconsciemment :
- Quelles étaient vos attentes ?
- Qu’avez-vous perdu ?
- Quelle occasion avez-vous ratée ?
- À quel rêve avez-vous renoncé ?
3. Exprimer sa souffrance
Ne gardez pas votre souffrance en vous. Pleurez si nécessaire et exprimez vos émotions. Ne vous focalisez pas sur l’autre et sur ce qu’il vous a fait : concentrez-vous plutôt sur vous, sur le déroulement des événements, sur vos sentiments.
Confiez-vous à une personne de confiance ou notez tout dans un cahier, et n’excluez pas la possibilité de consulter un professionnel. S’appuyer sur les autres n’a rien d’accessoire : c’est toute la force de la santé sociale, cette dimension souvent oubliée du bien-être.
Votre nouvelle liberté grâce au pardon
Le pardon sera réalisé une fois que vous aurez guéri de votre blessure intérieure, pas avant. N’attendez pas non plus trop longtemps : le temps complique les choses, mais ne les rend pas impossibles. Il les rend juste un peu plus difficiles.
Alors, au lieu de revivre le passé en regrettant le sort qui vous a été réservé, choisissez le pardon. Vivez heureuse et appropriez-vous le présent. Votre santé, votre bien-être et votre avenir en dépendent.
Le pardon représente finalement la récompense ultime que vous puissiez vous offrir : vous guérir vous-même.
Questions fréquentes
Pardonner signifie-t-il excuser ou se réconcilier ?
Non. Pardonner n’excuse pas le tort subi — votre souffrance reste légitime — et n’oblige pas à renouer avec la personne qui vous a blessée. Le pardon est un choix, non une obligation morale ou un précepte religieux.
Le pardon a-t-il des bienfaits prouvés sur la santé ?
Oui. Selon WebMD.com, pardonner réduit la tension artérielle, renforce le système immunitaire, diminue le taux d’hormones de stress et fait disparaître maux de dos, problèmes d’estomac et maux de tête. Une étude du Journal of Health Psychology conclut que se pardonner réduit le stress et améliore la santé mentale.
Quelles sont les étapes du pardon selon Joanna North ?
La philosophe Joanna North décrit sept étapes : accepter la douleur éprouvée, admettre l’injustice, reconnaître son droit à la colère, choisir d’y renoncer, pratiquer la bonté, cultiver la bienveillance et, enfin, offrir l’amour.
Comment commencer à pardonner au quotidien ?
En trois temps : confronter la blessure émotionnelle plutôt que de l’esquiver, accepter et exprimer ses émotions sans se juger, puis exprimer sa souffrance — pleurer, se confier à une personne de confiance, écrire, voire consulter un professionnel. Le pardon reste une décision consciente.
Faut-il pardonner rapidement ?
Le pardon se réalise une fois que vous avez guéri de votre blessure intérieure, pas avant. Mieux vaut cependant ne pas trop attendre : le temps rend les choses plus difficiles, sans jamais les rendre impossibles.
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Originally posted 2025-07-17 18:04:56.


