Nabeul, cette ville du nord-est de la Tunisie située au sud de la péninsule du cap Bon et à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Tunis mérite en effet beaucoup mieux. Chef-lieu du gouvernorat du même nom, elle compte environ 70 000 habitants. En associant les villes voisines de Menzel Bouzelfa (la ville des oranges non loin de la station balnéaire de Menzel Bouzelfa), Dar Chaâbane ; Béni Khiar et El Maâmoura ; elle forme une agglomération située dans la région du cap Bon, qui constitue une péninsule s’enfonçant dans la mer Méditerranée.

Nabeul est située au centre de son flanc sud-est ; non loin de la ville d’Hammamet. Elle constitue de fait une destination prisée par les touristes européens. Touristes qui apprécient son environnement constitué de vergers et de jardins. Mais aussi son climat doux et sa plage de sable fin.

Porte à Nabeul

NABEUL : UNE MÉDINA DE TOUTE BEAUTÉ

Les souks constituent le cœur de la ville et un lieu de rassemblement et d’échanges commerciaux. Ils se développent et jouent un rôle important dans l’économie locale. Plusieurs d’entre eux sont ailleurs construits à cette époque. Notamment le souk El Haddada (forgerons), le souk El Balgha, le souk El Ihoud (souk des Juifs). Mais aussi le souk Ezzit (souk de l’huile). La médina est accessible par plusieurs portes ; telles que Bab Bled, principale entrée de la cité, Bab El Khoukha et Bab El Zaouia. Grâce à la fertilité et au climat de la région, mais aussi ses activités agricoles et commerciales ; la ville attire des flux migratoires en provenance de Djerba et de Kairouan ainsi que l’afflux d’Andalous chassés d’Espagne.

ruelle

L’installation de la plupart des Juifs date également de cette époque. Et cette communauté représente 10 % de la population avant le protectorat français vivant au milieu de la population ; disposant d’une synagogue à proximité de la Grande Mosquée. L’époque moderne est accompagnée de plusieurs travaux d’aménagement urbain ; notamment la construction de la ligne de chemin de fer reliant la cité à Tunis ; entamée vers la fin du 19ème siècle et marquant ainsi le tissu urbain. C’est à cette époque qu’elle devient une station balnéaire avec l’arrivée des voyageurs qui contribuent à relancer la vie économique.

NABEUL : LA VILLE TOURISTIQUE

L’économie de la région s’articule principalement autour du tourisme ; la grande majorité des hôtels de la ville se trouvant en bord de mer. Parmi les sites touristiques de la cité figurent le site romain de Néapolis (situé à deux kilomètres du centre). Mais aussi et surtout le musée archéologique. Il donne à découvrir des collections d’objets en céramique, des statues puniques datant du 7e siècle avant JC ; et une importante collection de mosaïques romaines provenant des sites de la région du Cap Bon.

Musée de Nabeul

Installé dans une modeste demeure du centre-ville, ce musée vient de faire l’objet d’une rénovation totale. Cela lui permet de présenter au public de façon attrayante ; l’une des plus belles collections d’objets en provenance de divers sites du Cap Bon. Pour l’essentiel, cette collection comprend des objets en provenance, soit de nécropoles, soit de vestiges d’habitations arasées. De ce fait, c’est le mobilier funéraire qui fournit la plus grande part des objets usuels ou d’apparat qui garnissent les vitrines.

Les pavements de mosaïques constituent les témoignages les plus «parlants» pour raconter les croyances ; mais aussi le mode de vie qui prévalait à l’époque romaine dans ce «Beau Promontoire» (Pulchri Promontorium). Riche et varié, le répertoire des mosaïques comprend de rares spécimens dont les thèmes renvoient aux mythes de l’Antiquité. À signaler également de superbes sculptures en marbre fin datant de l’époque romaine. Ainsi que cette collection de terres cuites en provenance d’un sanctuaire dédié aux dieux puniques Baâl Hammon et Tanit ; qui témoignent d’un syncrétisme complexe et se caractérisant par des dimensions exceptionnelles pour des œuvres de terre cuite. C’est un musée qui vaut largement le détour. Vos enfants vous en remercieront.

L’OR ROUGE

La Fête de l’Harissa et du Piment à Nabeul se tient depuis 4 ans ; au mois d’octobre à Dar Nabeul place Farhat Hached sur l’avenue Habib Bourguiba. Le moins que l’on puisse en dire est que les fins gourmets en raffolent. Les tunisiens et les tunisiennes ont leurs petites habitudes. Comme savourer un bon thé aux pignons l’après-midi sur la terrasse de leur balcon. Écouter Om Khalthoum à la radio de bon matin. Préparer du couscous ou des pâtes bolognaises le dimanche. Ou encore cuisiner la harissa à toutes les sauces.

Harissa

La harissa fait partie du patrimoine culinaire tunisien depuis plusieurs siècles. Il s’agit ni plus ni moins d’une purée de piments rouges. Les piments sont séchés au soleil puis broyés avec des épices ; soit du cumin, de la coriandre et du carvi, sans oublier les tomates séchées. Toutefois, la harissa se prépare aussi avec des piments frais ou des piments cuits à la vapeur et mixés.

Ce produit se vend habituellement en boîte de conserve. Mais on en trouve aussi en tube ; et il en existe des variétés régionales selon le type de piments, le goût et la préparation. Ainsi, l’harissa berbère se prépare avec du piment de Cayenne séché, de l’ail, de l’huile, du sel et quelques épices. C’est suite à l’échange colombien durant l’occupation espagnole entre 1535 et 1574 que le piment arrive en Tunisie.


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L’origine du mot lui-même vient d’ailleurs du verbe arabe harasa qui signifie littéralement «écraser», «piler» ou «broyer». Il existe une harissa de piments rouges mais aussi une harissa sucrée aux amandes et au sirop de sucre. La harissa s’utilise généralement comme condiment ou comme ingrédient ; et souvent utilisée pour assaisonner des plats. Comme le couscous ou le kefteji. Et aussi pour préparer des sandwichs. «Sauce nationale» en Tunisie ; où elle est un élément important de la cuisine locale. En particulier à Djerba, dans la région du Sahel, et surtout au Cap Bon et sa capitale Nabeul. À Testour l’on trouve le festival de la grenade, à Nabeul l’on trouve le festival de l’harissa.

L’ARTISANAT Y JOUE UN RÔLE PRIMORDIAL

Nabeul est également connue pour son agriculture. Mais aussi à l’étranger, pour son artisanat et la qualité artistique de ses poteries. En particulier de ses assiettes peintes et de ses faïences. Cette production vient s’ajouter aux traditionnels articles utilitaires crus et poreux.

artisanat

Elle est relancée pendant la première moitié du 20ème siècle ; grâce aux recherches des Français Tessier, Deverclos et du Tunisois Jacob Chemla. Leurs efforts se poursuivent par les artisans des ateliers locaux car la profession se transmet de père en fils. Plusieurs importants musées commencent à considérer avec intérêt les productions comportant certaines signatures, notamment celles de ces rénovateurs.

Quant aux nattes, elles sont réalisées à base de jonc vert ; normalement récolté au début de l’été ; qui a plusieurs couleurs allant du jaune au vert en passant par le bordeaux et le bleu violacé. Ces mêmes nattiers fabriquent également des couffins. Tout le travail est effectué dans la squifa des maisons ou dans les ateliers traditionnels. Les souks abritent également diverses productions locales ; ou provenant d’autres régions du pays: cuivre, cuir et vêtement, chéchia, broderies ou couffins.

NABEUL ET LA «DOLCE VITA»

Bateaux de pèche

La ville de Nabeul est par ailleurs le seul lieu en Tunisie où l’on trouve des figurines réalisées en sucre ; confiserie préparée à chaque Nouvel An musulman. Offertes aux enfants et aux mariées, elles trônent également sur les plats traditionnels de couscous. Obtenues à partir d’un moulage et décorées ou peintes avec des colorants naturels ; on les dépose ensuite dans un plat creux et à pied, au milieu de bonbons, dragées et autres fruits secs. La culture des arbres fruitiers s’axe sur les oranges, le citron ainsi que le bigaradier.

Ainsi, les Nabeuliens distillent des fleurs. En particulier les fleurs du bigaradier, le géranuim bourbon et la rose de Damas. Ils vendent la production en très grande quantité. Une grande partie est destinée au marché local, le reste partant à l’exportation. La tradition de distillation n’est pas exclusive de Nabeul mais celle-ci a su plus que d’autres villes la préserver. Une ville qui possède une très belle histoire aujourd’hui enfouie sous l’eau ; au même titre que la cité romaine qu’on y a découvert il y a quelques mois. Vous savez quoi faire ce dimanche!


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