SocioScènes

Ibn Khaldoun, penseur de Tunis et père de la sociologie

Né à Tunis en 1332, Ibn Khaldoun perd ses parents dans la peste de 1348, puis se retire à Qalaat Ibn Salama entre 1375 et 1378. Il y rédige, en 1377, la Muqaddima, où il pose la asabiyya et le cycle des dynasties, une pensée que l'Occident redécouvrira comme précurseur de la sociologie.

Qui était Ibn Khaldoun, l'enfant de Tunis ?

Pour Ibn Khaldoun, c'est cette force qui porte une dynastie au pouvoir, avant de s'étioler avec elle et d'ouvrir la voie à un nouveau cycle.

Abderrahmane Ibn Khaldoun voit le jour à Tunis en 1332, dans la médina, à deux pas de la Zitouna. Il grandit dans une famille de lettrés venus d'al-Andalus, où les livres et la conversation savante font partie du quotidien.

Mais cette enfance tunisoise bascule brutalement : en 1348, la peste noire frappe la ville et emporte ses deux parents. Pour le jeune garçon, c'est une rupture précoce avec le cercle familial qui l'avait formé aux lettres.

Dans quel Maghreb a-t-il grandi, et pourquoi a-t-il autant voyagé ?

Au XIVe siècle, le Maghreb ne forme pas un bloc : trois dynasties rivales se le partagent, les Hafsides à Tunis, les Zianides (ou Abdalwadides) à Tlemcen, les Mérinides à Fès. Plus loin, de l'autre côté de la Méditerranée, l'émirat nasride de Grenade tient encore.

C'est dans ce paysage fragmenté qu'Ibn Khaldoun construit sa carrière, sans jamais s'attacher longtemps à une seule cour : il sert tour à tour les Hafsides de Tunis, les Mérinides de Fès, puis les Nasrides de Grenade. Cette instabilité politique, plus qu'un simple goût du voyage, explique sa route d'une capitale à l'autre, jusqu'à sa retraite à Qalaat Ibn Salama, dans l'actuelle Algérie, où il achève la Muqaddima.

Qu'a-t-il écrit dans sa retraite, et qu'est-ce que la asabiyya ?

Entre 1375 et 1378, Ibn Khaldoun se retire à Qalaat Ibn Salama, une forteresse proche de Tiaret, dans l'actuelle Algérie, sous la protection de la tribu des Banu Arif. C'est là qu'il rédige, en 1377, la Muqaddima : l'introduction de son grand Discours sur l'histoire universelle, le Kitab al-'Ibar. Traduite en français sous le titre Les Prolégomènes dès la traduction de De Slane, elle est, pour certains penseurs modernes, le premier texte à poser les bases de la philosophie de l'histoire, voire de la sociologie.

Son concept clé, la asabiyya, désigne la cohésion, l'esprit de corps qui unit un groupe. Pour Ibn Khaldoun, c'est cette force qui porte une dynastie au pouvoir, avant de s'étioler avec elle et d'ouvrir la voie à un nouveau cycle.

Comment ses idées ont-elles fini par traverser les siècles ?

En janvier 1401, devant Damas assiégée par Tamerlan, Ibn Khaldoun se fait descendre du haut du rempart par une corde pour rencontrer le conquérant. Les deux hommes s'entretiennent longuement. Il meurt au Caire en mars 1406, où il est enterré.

L'Europe le redécouvre tardivement, au XIXe siècle. Entre 1862 et 1868, William Mac Guckin de Slane traduit la Muqaddima en français, sous le titre Prolégomènes. Les savants européens de l'époque mesurent alors l'importance de l'ouvrage et comptent Ibn Khaldoun parmi les plus grands philosophes du Moyen Âge.

De Tunis à Qalaat Ibn Salama, de Fès à Grenade, le parcours d'Ibn Khaldoun est celui d'un esprit qui a tiré de l'instabilité politique de son temps une leçon universelle sur la vie des sociétés. Relire aujourd'hui la Muqaddima, c'est retrouver, sous la plume d'un homme né dans la médina de Tunis, un regard d'une étonnante actualité sur la manière dont les groupes humains se forment, s'imposent puis s'essoufflent.

Questions fréquentes

Qui est Ibn Khaldoun et où est-il né ?
Ibn Khaldoun, prénommé Abderrahmane, est né à Tunis en 1332, dans la médina, près de la Zitouna. Il grandit dans une famille de lettrés venus d'al-Andalus.
Qu'est-il arrivé à la famille d'Ibn Khaldoun pendant la peste de 1348 ?
En 1348, la peste noire frappe Tunis et emporte ses deux parents, une rupture précoce avec le cercle familial qui l'avait formé aux lettres.
Pourquoi Ibn Khaldoun a-t-il tant voyagé entre les cours du Maghreb ?
Le Maghreb du XIVe siècle est partagé entre trois dynasties rivales, les Hafsides à Tunis, les Zianides à Tlemcen et les Mérinides à Fès, auxquelles s'ajoute l'émirat nasride de Grenade. Ibn Khaldoun sert tour à tour ces différentes cours sans jamais s'attacher longtemps à l'une d'elles, et c'est cette instabilité politique, plus qu'un goût du voyage, qui explique sa route d'une capitale à l'autre.
Qu'est-ce que la Muqaddima et qu'est-ce que la asabiyya ?
La Muqaddima est le texte qu'Ibn Khaldoun rédige en 1377 lors de sa retraite à Qalaat Ibn Salama ; il s'agit de l'introduction de son Discours sur l'histoire universelle, le Kitab al-'Ibar, traduite en français sous le titre Les Prolégomènes. Son concept clé, la asabiyya, désigne la cohésion et l'esprit de corps qui unit un groupe, une force qui porte une dynastie au pouvoir avant de s'étioler et d'ouvrir la voie à un nouveau cycle.
Comment la pensée d'Ibn Khaldoun a-t-elle été redécouverte en Europe ?
L'Europe redécouvre son œuvre tardivement, au XIXe siècle, lorsque William Mac Guckin de Slane traduit la Muqaddima en français sous le titre Prolégomènes, entre 1862 et 1868. Les savants européens de l'époque mesurent alors l'importance de l'ouvrage et comptent Ibn Khaldoun parmi les plus grands philosophes du Moyen Âge.

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