Né à Bassora, formé à Bagdad, Ibn al-Haytham s'installe au Caire fatimide, où le calife al-Hakim l'appelle pour maîtriser les crues du Nil. L'expédition échoue, mais dans la réclusion qui suit, il rédige le Kitab al-Manazir, le Traité d'optique en sept livres, fondant la méthode expérimentale en sciences de la vision.
Qui était Ibn al-Haytham, l'enfant de Bassora ?
il ne se contente jamais d'affirmer, il vérifie par l'expérience, ce qui en fait un précurseur de la démarche scientifique expérimentale
Ibn al-Haytham naît vers 965 à Bassora, dans l'actuel Irak. Rien, dans cette ville où il grandit, ne laisse deviner l'esprit curieux qui s'y forme : un enfant qui observe, qui interroge. C'est à Bassora qu'il reçoit sa première éducation.
Pour aller plus loin, il quitte Bassora pour Bagdad, où il achève sa formation. La ville où il a grandi vit alors sous l'autorité de la dynastie des Bouyides. Il mourra au Caire vers 1040.
Pourquoi le calife du Caire l'a-t-il fait venir ?
Le calife fatimide al-Hakim, qui régnait depuis Le Caire, voulait maîtriser les crues du Nil, et c'est pour ce projet qu'il fit appel à Ibn al-Haytham. Le savant partit en expédition vers le sud du fleuve, avant de se rendre à l'évidence : dompter le Nil dépassait les moyens de l'époque, et le projet se révélait impossible.
Ce Caire qui l'accueillait n'était pas né de nulle part. Le califat fatimide avait vu le jour en Ifriqiya, l'actuelle Tunisie, où ses fondateurs avaient bâti Mahdia avant de conquérir l'Égypte et d'y installer leur trône.
Qu'a-t-il vraiment découvert sur la lumière et la vision ?
Son œuvre maîtresse porte un nom qui dit déjà beaucoup : le Kitab al-Manazir, le Traité d'optique, rédigé au Caire en sept livres. Avec chaleur et rigueur à la fois, il y établit un point central : la vision se produit par la lumière qui entre dans l'œil. Il prend soin de distinguer, dès le départ, ce qui relève des conditions de la vision de ce qui relève de la propagation de la lumière elle-même.
Ce qui touche particulièrement, c'est sa méthode : il ne se contente jamais d'affirmer, il vérifie par l'expérience, ce qui en fait un précurseur de la démarche scientifique expérimentale. Pour observer le comportement de la lumière, il recourt souvent à la chambre noire. Son traité mêle optique géométrique et optique physiologique.
Quel héritage a-t-il laissé à la science d'aujourd'hui ?
L'œuvre d'Ibn al-Haytham est considérable : les biographes lui attribuent près de deux cents ouvrages, dont une soixantaine seulement nous sont parvenus. Les mathématiques y comptent pour près de la moitié. Son Traité d'optique fut traduit en latin au Moyen Âge sous le titre De aspectibus ou Perspectiva. Lu et commenté en Europe pendant des siècles, il y circule sous le nom latinisé d'Alhazen et influença des savants comme Bacon et Kepler.
Cet héritage traverse jusqu'au vocabulaire scientifique actuel : un problème de géométrie célèbre, le problème d'Alhazen, porte encore son nom. Il consiste à trouver, sur un miroir sphérique, le point précis où un rayon venu d'un point donné se réfléchit vers un autre point donné.
De Bassora à Bagdad, puis jusqu'au Caire fatimide, où l'histoire le relie, sans qu'il l'ait choisi, à l'héritage de l'Ifriqiya, Ibn al-Haytham n'a jamais cessé de vérifier ce qu'il observait par l'expérience. Sa chambre noire et son Traité d'optique restent la trace d'un esprit qui préférait l'expérience à la certitude toute faite : traduit en latin sous le titre De aspectibus, l'ouvrage fut lu et commenté en Europe pendant des siècles.