Wafa Ghorbel est l’un de nos coups de cœur : universitaire, écrivaine et chanteuse franco-tunisienne, elle a accepté de répondre à nos questions avec la même sincérité qui traverse ses romans. Entretien avec une artiste au parcours singulier.
Qui est Wafa Ghorbel ?
« Je suis universitaire, écrivaine et chanteuse tunisienne — ou plutôt franco-tunisienne, une double appartenance culturelle que je revendique et cultive délibérément. Je suis aussi épouse et maman d’un petit garçon. » Après une maîtrise en Langue et Lettres françaises à Sfax, une bourse d’État lui permet de terminer ses études supérieures en France, où elle soutient quatre ans plus tard une thèse de doctorat en Littérature et Civilisation françaises à la Sorbonne Nouvelle, sur « Le Mal dans l’œuvre romanesque de Georges Bataille ».
Elle se consacre ensuite à la musique, avec un premier projet aux côtés du pianiste franco-libanais Elie Maalouf (reprises de Fairouz), puis avec le jazzman français Édouard Bineau (« Oriental Jazz Standards »). En parallèle, elle commence l’écriture de son premier roman, Le Jasmin noir, achevé en 2008 mais publié seulement en 2016 à la Maison Tunisienne du Livre — où il obtient le Prix Découverte du Comar d’Or. Sa suite indépendante, Le Tango de la déesse des dunes (2017), reçoit le Prix Zoubeida B’chir de la création romanesque féminine (Crédif 2018) et le Prix Béchir Khraief du roman de la Foire Internationale du Livre de Tunis (2018).

Quelles sont ses valeurs et sa philosophie de vie ?
« La liberté est ma première valeur, ma première et dernière philosophie. Avec l’âge, j’ai appris à accepter, tolérer, puis aimer la différence de l’autre. » Son dernier spectacle musical, « Mes Tissages » (avec le pianiste Mehdi Trabelsi), joue sur le mot « métissage » — une notion qui la fascine depuis toujours, aussi bien sur le plan culturel que littéraire ou musical.
Comment est né son amour de l’écriture et de la musique ?
« L’amour de la musique est venu avant celui des mots. » Grâce à ses parents, elle grandit avec Fairouz, Abdel Halim Hafedh, Oum Kalthoum ou Warda ; son goût pour l’écriture naît plus tard, au lycée, encouragé par sa professeure d’arabe. Écrire son premier roman n’a, selon elle, jamais été une décision réfléchie : « c’était une urgence, un besoin intense — l’écriture m’a sauvée. »

Que pense-t-elle de l’industrie du livre en Tunisie ?
« Pas vraiment bien », selon elle : l’absence de statut d’agent littéraire laisserait les écrivains vulnérables, mal informés de leurs droits ; la distribution resterait mal assurée, en Tunisie comme à l’étranger ; les éditeurs investiraient peu dans le marketing, et les prix littéraires manqueraient de médiatisation — elle cite l’exemple de son propre prix à la Foire Internationale du Livre de Tunis, resté sans écho médiatique. Elle note toutefois un « nouvel élan bibliophilique » : clubs de lecture, booktubeurs, retour de la lecture comme pratique valorisée.
Quels artistes l’ont marquée ?
Aux côtés des grandes voix arabes de son enfance, elle cite le jazz (Keith Jarrett, Miles Davis, Nina Simone), le tango d’Astor Piazzolla, la salsa de Celia Cruz, le flamenco de Paco de Lucía, et la chanson française à texte (Brel, Ferré, Piaf). En Tunisie aujourd’hui, elle admire la voix de Sabeur Rebaï, ainsi que Lotfi Bouchnak, Zied Gharsa, Sonia M’barek, Anouar Brahem et Dhafer Youssef, sans oublier une génération émergente (Mohamed Ali Kammoun, Imed Alibi, Zied Zouari, entre autres).
Quels sont ses projets ?
Elle poursuit « Mes Tissages » avec Mehdi Trabelsi, avec l’espoir d’un enregistrement en studio, et prépare la traduction en arabe du Jasmin noir, avant d’entamer le dernier tome de sa trilogie, en chantier depuis plus d’un an.
Il est rare qu’on s’intéresse aux écrivains tunisiens en dehors du milieu universitaire. Vous êtes en train de faire évoluer les mentalités, et je trouve cet effort très louable.
Wafa Ghorbel
Questions fréquentes
Quels sont les romans publiés de Wafa Ghorbel ?
Le Jasmin noir (2016) et sa suite indépendante Le Tango de la déesse des dunes (2017), tous deux publiés à la Maison Tunisienne du Livre, ainsi qu’un troisième tome en préparation.
Quel prix littéraire a-t-elle reçu ?
Le Prix Découverte du Comar d’Or pour Le Jasmin noir, puis le Prix Zoubeida B’chir et le Prix Béchir Khraief pour Le Tango de la déesse des dunes.
Quel est son projet musical actuel ?
« Mes Tissages », un spectacle mené avec le pianiste Mehdi Trabelsi, où elle réinterprète en arabe des standards internationaux (Brel, Ferré, Piaf).


