Parce que crash-tests, médicaments et transports ont longtemps été calibrés sur un corps masculin. Le mannequin de choc ne simule quasiment jamais la conductrice, les essais cliniques recrutent surtout des hommes, et le diagnostic cardiaque tarde davantage pour les femmes. Depuis 2015, EuroNCAP teste aussi des mannequins féminins, mais l'écart de données reste entier au poste de conduite.
Pourquoi une voiture protège-t-elle moins bien une femme qu'un homme ?
les femmes ont 50 % de risques en plus d'être mal diagnostiquées après un infarctus
Le mannequin de crash-test n'est, le plus souvent, testé qu'au siège passager. Au poste de conduite, il n'existe quasiment aucune donnée sur ce que subit une femme lors d'un choc. Ceintures, airbags et structures de carrosserie sont ainsi validés sur un corps masculin, laissant dans l'ombre la façon dont une conductrice encaisse réellement un impact.
La situation commence à évoluer. Depuis 2015, EuroNCAP, l'organisme européen de notation de la sécurité des voitures, intègre des mannequins masculins et féminins dans ses essais de choc frontal. C'est un premier pas, mais il ne comble pas à lui seul le vide de données qui subsiste pour le siège conducteur, là où la plupart des trajets féminins se jouent.
Pourquoi certains médicaments marchent-ils moins bien sur les femmes ?
Quand une crise cardiaque survient, le diagnostic n'est pas toujours posé avec la même rapidité selon qu'on est une femme ou un homme. Des recherches britanniques citées par l'autrice Caroline Criado Perez montrent que les femmes ont 50 % de risques en plus d'être mal diagnostiquées après un infarctus, un écart qui atteindrait près de 60 % pour certains types de crises cardiaques. Un retard de diagnostic qui, pour une urgence vitale, change la suite de la prise en charge.
Les traitements eux-mêmes n'échappent pas à ce déséquilibre. Criado Perez cite une étude de 2011 selon laquelle l'aspirine à faible dose, efficace chez l'homme pour prévenir une récidive, se révèle inefficace, voire potentiellement nocive, pour la majorité des femmes. Un même médicament, deux réponses possibles, selon le sexe de la patiente.
Les transports en commun sont-ils pensés pour celles qui les utilisent le plus ?
Les chiffres disponibles sur la mobilité renversent une intuition répandue : les femmes marchent et empruntent les transports en commun plus souvent que les hommes. En France, deux tiers des usagers des réseaux de transport public sont des femmes : elles sont la population qui utilise le plus ces réseaux, au quotidien.
Si les femmes sont majoritaires parmi les usagers, la question de savoir si les réseaux ont été conçus en les ayant à l'esprit reste posée. Les données disponibles mesurent la fréquentation, pas les choix qui ont présidé à l'aménagement des lignes et des horaires. Ce qui manque, c'est la preuve que la conception en a tenu compte.
Pourquoi le travail de soin ne compte-t-il pour rien dans les chiffres ?
Le travail de soin, celui qui nourrit, lave, accompagne et veille, n'apparaît dans aucune statistique officielle. Pourtant, selon des estimations reprises par la journaliste Caroline Criado Perez dans « Invisible Women » (chapitre « A Costless Resource to Exploit »), il pourrait représenter jusqu'à 50 % du produit intérieur brut dans les pays à hauts revenus, et jusqu'à 80 % dans les pays à bas revenus.
Cette absence de mesure a des conséquences concrètes sur les carrières. Toujours selon Criado Perez, les aidantes familiales seraient près de sept fois plus susceptibles que les hommes de passer d'un temps plein à un temps partiel. Un manque de données, en ne comptant pas ce travail, finit par décider, sans le dire, qui réduit son activité professionnelle.
Voiture, médicament, transport du quotidien : dans ces trois domaines se répète un manque, celui des femmes dans les données qui président à la conception des objets et des soins. La route reste mesurée depuis un corps d'homme au volant. Un médicament est validé sur un organisme qui n'est pas toujours celui de la patiente, et un réseau de transport se dessine sans que l'usage majoritaire des femmes n'ait été la mesure de départ. Vous pouvez, devant une étude, un essai clinique ou un projet d'aménagement urbain, poser une question simple et légitime : les données ont elles été recueillies, et ventilées, pour les deux sexes.