Avant de parler des parents, commençons par expliquer la toxicité d’un individu. Une personne toxique a toujours peur de perdre le pouvoir qu’elle exerce sur les autres, de ne plus avoir d’ascendant sur elles ; elle se nourrit de l’énergie des personnes fragiles et vulnérables, ce qui lui procure un sentiment de toute-puissance. Nous avons du mal à envisager ce genre de relations entre les parents et leurs enfants, et pourtant elles existent. Il ne s’agit pas ici de faire le procès de qui que ce soit, simplement d’attirer l’attention sur des comportements malsains — car un parent toxique peut cesser de l’être, une fois qu’il réalise les torts qu’il cause à ses enfants.

Qu’est-ce qu’un parent toxique ?

L’utilisation du terme « parent toxique » a commencé au début des années 90 et est aujourd’hui largement répandue : elle a permis de mettre un nom sur une souffrance vécue pendant l’enfance.

La particularité d’un parent toxique est qu’il n’est pas engagé dans l’épanouissement de son enfant. Il a souvent recours à la violence, essentiellement psychologique, qui couvre un panel allant de l’humiliation à la culpabilisation, sans se soucier de l’impact que cela aura sur l’amour-propre de l’enfant, qui devient ainsi fortement dépendant de ses géniteurs, prisonnier d’une angoisse et convaincu d’avoir tort en permanence. À cet âge, l’approbation parentale est vécue comme une preuve d’amour ; son absence, comme un déni de sa propre valeur. Un parent toxique peut également avoir recours à la violence physique et à l’abus verbal.

« Un parent toxique, c’est un parent qui a été dominateur, critique, méprisant, manipulateur ou plus simplement démissionnaire et incapable d’offrir le moindre soutien à son enfant. Ces parents ne sont pas forcément coupables de sévices ou d’abus sexuels. »

Béatrice Voirin, psychothérapeute

Quels sont les signes alarmants ?

Les formes les plus évidentes de « toxicité » sont la violence physique et les abus découlant de toute forme de toxicomanie. Il y a aussi les signes de maltraitance qui ne laissent pas de traces physiques : la violence verbale, les propos humiliants, ne pas féliciter les succès de l’enfant, ne pas l’encourager dans ses progrès, le comparer à d’autres enfants de son âge pour le dénigrer, oublier de fêter son anniversaire, le terroriser, l’étouffer, ne pas lui permettre de s’épanouir ou d’exercer une activité qui lui plaît, ou même lui voler son enfance en le responsabilisant trop tôt ou en lui confiant ses propres problèmes d’adulte. Le parent se décharge ainsi de son rôle et le transfère à son enfant. Aucun parent ne nourrit son enfant d’aliments qui nuiraient à sa santé — pourtant, la toxicité dont nous parlons est similaire à un poison administré quotidiennement.

Est-il possible de rompre avec ce comportement et de devenir un meilleur parent ?

Cela dépend uniquement de la capacité de remise en question du parent. En premier lieu, il faudrait qu’il accepte de réaliser qu’il fait du mal à son enfant, ce qui n’est pas chose facile. Une fois ce cap franchi, il est tout à fait possible de commencer un suivi avec des professionnels (psychologues, psychothérapeutes) pour apprendre à mieux gérer la relation parent-enfant, la stabiliser, la normaliser, et l’amener vers un rapport plus sain pour les deux.

Quelle est la différence entre un parent toxique et un parent exigeant ?

Il n’est pas toujours évident de faire la différence entre ces deux traits. L’enfant demeure le meilleur signal : lorsqu’il est heureux, épanoui, confiant, cela signifie que les choses se passent bien. Un enfant a toujours besoin de connaître les limites que lui imposent ses parents — des limites et des exigences qui peuvent varier d’un enfant à l’autre selon son caractère, sa personnalité et son âge.

Quels conseils donner aux parents qui vous paraissent toxiques ?

En premier lieu, il est important de ne pas les juger : ils ne font pas sciemment de mal à leurs enfants. Il faut ensuite les inviter à se remettre en question, à être à l’écoute des plus jeunes. Personne n’est parfait ; il suffit de leur rappeler qu’un bon parent fait le bonheur de son enfant, et qu’ils sont là pour l’aider à grandir, à devenir ce qu’il est — et non ce que l’on aimerait qu’il soit.

Peut-on se sortir de cette toxicité ?

La prise de conscience est la première chose à faire, et sa difficulté est grande. Il est important de rester ouvert et à l’écoute des remarques du conjoint, des amis, de la famille, même si elles peuvent sembler blessantes, et d’essayer surtout de se déculpabiliser : ne pas se dire qu’on est un mauvais parent, une mauvaise mère. La remise en question, bien que difficile, est possible. Les parents toxiques ne réalisent pas toujours qu’ils rejettent la faute de leurs propres agissements sur l’enfant (« il ne fait jamais ce qu’on lui demande, il n’en fait qu’à sa tête, il me pousse à bout ») — mais au final, un enfant n’est qu’un enfant : c’est à l’adulte de trouver les solutions.

Réaction, anticipation…

Même lorsqu’un enfant est particulièrement pénible, réagir violemment face à lui ne fera qu’amplifier son comportement, et le parent se retrouve prisonnier du cercle toxique qu’il a lui-même mis en place. Face à la maltraitance, quelle que soit sa nature, l’enfant adoptera une attitude encore plus agressive, ou au contraire un comportement introverti, résigné. Il pourra aussi vouloir plaire à ses parents à tout prix, et adopter des comportements à risque ou exagérés dans l’espoir d’obtenir un signe d’encouragement.

Les solutions possibles

Une fois le problème accepté, il est important de chercher un soutien extérieur, en dehors du cercle des proches : ces derniers, aussi bienveillants soient-ils, ont tendance à juger et à placer des remarques malheureuses qui accentuent la détresse du parent cherchant à s’en sortir. Des consultations avec un professionnel neutre, non culpabilisant et non moralisateur, aident à mieux comprendre les comportements nuisibles — un accompagnement qu’on ne saurait trop recommander.

Un parent toxique peut cesser de l’être, une fois qu’il réalise les torts qu’il cause à ses enfants — la prise de conscience est la première étape, la plus difficile, mais toujours possible.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qui définit un parent toxique ?

Un parent qui n’est pas engagé dans l’épanouissement de son enfant, souvent dominateur, critique, méprisant ou démissionnaire, sans être nécessairement coupable de sévices ou d’abus sexuels (Béatrice Voirin, psychothérapeute).

Comment distinguer un parent toxique d’un parent simplement exigeant ?

L’enfant est le meilleur signal : s’il est heureux, épanoui et confiant malgré des limites claires, les choses se passent bien. Les exigences varient légitimement selon l’âge et la personnalité de l’enfant.

Un parent toxique peut-il changer ?

Oui, à condition d’accepter de réaliser le mal causé à son enfant, puis de se faire accompagner par un professionnel pour stabiliser et assainir la relation parent-enfant.

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Originally posted 2017-06-13 16:54:56.

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