Grâce à son emplacement stratégique au cœur de la Méditerranée et à l’esprit d’initiative de son aristocratie, Carthage se développe rapidement et s’enrichit. Elle demeure à l’écart des grands conflits qui secouent les cités phéniciennes de l’Orient et profite du déclin de Tyr sa fondatrice. Celle-ci devint vassale des Assyriens et des Perses avant d’être détruite par Alexandre le Grand (-332), pour regrouper sous sa domination toutes les cités phéniciennes en Occident. Elle constitue un solide empire maritime et s’assure l’exclusivité du transit vers l’Est.

La méthode Carthaginoise

Contrairement aux habitudes des Phéniciens, les Carthaginois s’introduisaient à l’intérieur du territoire nord-africain (le nord et le centre de la Tunisie actuelle). Ils offrent ainsi à leur cité, une solide base territoriale. De vastes domaines agricoles furent créés. On cultiva le blé, les vignes et les oliviers tout en adoptant des techniques améliorées pour l’époque et expliqué par le célèbre Magon dans un traité qui fera autorité dans l’ère antique et sera même suivi plus tard par les Romains. Les populations autochtones, composées de tribus berbères, furent assujetties. Elles furent contraintes à payer l’impôt, à travailler sur les grands domaines, à fournir des mercenaires, des rameurs et de la main-d’œuvre.

Carthage, une cité du Nord de l’Afrique

Avec le temps, la séparation avec sa fondatrice Tyr et les mariages entre Berbères et Phéniciens, font de Carthage une cité nord-africaine. Édifiée entre des marécages et le lac de Tunis, à l’extrémité d’une presqu’île, elle était protégée du côté de la terre par un triple mur. Elle comptait sur une force composée de mercenaires par milliers, de troupes d’éléphants et une flotte impressionnante de navires de guerre à trois et cinq rangs de rameurs pour assurer sa défense. Un double port de guerre et de commerce était creusé dans les lagunes au pied de la colline de Byrsa.

Le système politique Carthaginois

La ville était gouvernée par de grands propriétaires terriens, de riches marchands et d’armateurs. Ils étaient membres parmi eux les prêtres des grandes divinités telles que Tanit (déesse de la fécondité), Baal (dieu suprême) et Melqart (le géant que les Grecs assimilaient à Hercule). Les gouvernants avaient des goûts de luxe et habitaient de somptueuses maisons dans le faubourg de Mégara. Ils craignaient plus que tout, la misère des ruraux, la turbulence des mercenaires, l’indocilité de la plèbe. Celle-ci se composait d’ouvriers et de marins qui s’amassaient dans les quartiers du port. Ils se méfiaient de l’ambition des grandes familles comme les Magonides, qui ont pourtant fait la puissance de Carthage au 5e siècle et ils redoutaient les Barcides qui allaient animer la lutte contre les Romains au 2e siècle avec Hamilcar et Hannibal.

Le commerce

Le commerce des métaux précieux occupait toute leur attention. Carthage ordonna donc deux expéditions pour découvrir toutes les routes de l’or et de l’étain. Himilcon commande une première expédition qui s’est dirigée vers les îles britanniques et l’Irlande, (peut-être vers -450), la seconde, dirigée par Hannon, longea les côtes marocaines de l’Atlantique (un consensus la situe vers -500, mais rien ne prouve la validité d’une date au détriment d’une autre). La destruction de la littérature carthaginoise, fut un drame irrémédiable pour la géographie antique, puisque très peu de détails nous sont parvenus de ces périples.

Carthage favorise le développement de son commerce en s’appuyant sur des actions militaires et diplomatiques pour occuper des positions stratégiques dans tout le bassin occidental de la Méditerranée.

les premiers conflits

Les premiers heurts

Ils se heurtèrent aux fondateurs de Massalia (Marseille), les Phocéens qui ont tenté de proliférer en Méditerranée. Leur expansion fut stoppée vers 540-535 av. J.-C. dans bataille d’Alalia, au large de la Corse.

À la fin du 6e siècle av. J.-C. Carthage dominait toutes les colonies phéniciennes d’Afrique et avait des points d’ancrage stratégiques en Sicile, en Sardaigne, en Corse, aux Baléares (Ibiza) et en Espagne. Elle s’allie aux Étrusques et s’assure ainsi une position confortable, jusqu’à ce qu’elle affronte son premier grand rival méditerranéen : les Grecs.

La bataille d’Himère en Sicile

Un long conflit se développe durant plusieurs années et les deux puissances méditerranéennes finissent par s’affronter en Sicile. Carthage y essuie une cuisante défaite. La Grèce triomphe non seulement à Himère, mais aussi à Salamine face aux Perses. Ces deux victoires furent interprétées comme le symbole du triomphe des lumières sur les forces barbares.

La défaite d’Himère constituera pour Carthage un tournant historique. La domination grecque des deux bassins méditerranéens provoqua des changements dans de nombreux domaines. La pauvreté des tombes carthaginoises du 5e siècle av. J.-C. en objets importés, témoigne d’une ère de grande austérité. La cité semble avoir banni ses goûts de luxe. Même les plus fortunés se plièrent aux lois qui limitaient le faste des noces et les dépenses funéraires. Cette austérité touche également la sphère religieuse. Les offrandes et les monuments perdent de leur richesse.

Carthage devenait isolée. Les restrictions frappant son commerce maritime provoquent des problèmes de ravitaillement. La ville doit survivre et réorganiser ses forces pour parer à un éventuel assaut grec. La conquête de l’arrière-pays (correspondant au territoire tunisien actuel) commence. Carthage devait trouver de nouveaux débouchés et intensifier son commerce avec les populations indigènes. Ils échangeront les métaux précieux ou l’ivoire contre des objets fabriqués.

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