Avant un an, l'Organisation mondiale de la Santé déconseille tout écran ; dès deux ans, elle fixe une limite d'une heure par jour. Entre un et quatre ans, mieux vaut privilégier le jeu et l'activité physique. Le psychiatre Serge Tisseron rejoint ce repère : pas d'écran avant trois ans.
Avant deux ans, quels repères pour les tout-petits ?
installer un tout-petit devant la télévision revient à lui servir une nourriture mentale déjà prédigérée
L'Organisation mondiale de la Santé a publié des lignes directrices sur l'activité physique, les comportements sédentaires et le sommeil des enfants de moins de cinq ans. Loin de dresser une liste d'interdits, ces repères donnent un cadre rassurant pour les tout premiers temps de la vie de votre enfant, avant même qu'il ne marche ou ne parle.
Concrètement, l'OMS ne recommande pas de placer un enfant d'un an devant un écran, télévision, vidéo ou jeu vidéo compris. À partir de deux ans, elle fixe un repère d'une heure par jour devant un écran. Vous pouvez vous appuyer sur ce cadre sans anxiété : il trace une limite claire, pas un jugement sur vos choix du quotidien.
De trois ans à l'école, comment garder le jeu au centre ?
Avant l'entrée à l'école, l'enjeu n'est pas tant le temps passé devant un écran que ce qu'il prend à l'enfant. L'Organisation mondiale de la Santé recommande qu'un enfant de un à quatre ans consacre au moins trois heures par jour à des activités physiques variées, et que son sommeil reste protégé, siestes comprises. Le temps d'écran, rappelle-t-elle, est précisément le principal facteur de sédentarité chez l'enfant, une observation que partagent l'Académie américaine de pédiatrie et la Société canadienne de pédiatrie.
Selon la Dre Juana Willumsen, de l'OMS, la vraie question est de remettre le jeu au centre de la vie de l'enfant : moins de temps assis devant un écran, plus de mouvement et d'activités remplacées par le jeu libre. Le psychiatre français Serge Tisseron rejoint ce repère en plaçant la première limite à trois ans : pas d'écran avant cet âge. Deux voix, un même conseil : protéger le jeu avant de compter les minutes.
Faut-il vraiment négocier avec son enfant ?
Négocier avec son enfant devant un écran n'a rien d'un aveu de faiblesse : c'est reconnaître que chaque enfant traverse des réalités différentes, et que le dialogue, selon son âge, prend naturellement la forme d'un échange plutôt que d'un ordre sec. L'écran s'inscrit alors dans la vie de famille sans devenir un champ de bataille quotidien.
Reste une nuance que l'on oublie souvent : un enfant devant un écran ne reçoit pas la même matière qu'un enfant face à vous. L'auteur Joseph Chilton Pierce (Magical Child, Evolution's End) soutient que même un foyer aimant peut, sans le vouloir, desservir l'enfant quand l'écran prend le relais du lien parental. Pour lui, installer un tout-petit devant la télévision revient à lui servir une nourriture mentale déjà prédigérée, bien loin de l'échange vivant que vous lui offrez en négociant, justement, avec lui.
Quels gestes simples pour une maison plus sereine ?
En Tunisie, Orange Tunisie a conçu un guide des usages positifs des écrans, pensé pour répondre aux questions que vous vous posez au quotidien et proposer de vraies pistes concrètes. S'appuyer sur une initiative locale, c'est se donner, à la maison, un repère simple plutôt qu'une injonction abstraite.
Une limite ne vaut que si elle est tenue. Jusqu'à l'âge de neuf ans, un enfant perçoit une promesse non tenue comme une forme de mensonge : lui promettre une sortie au parc sans intention de la respecter revient, pour lui, à le tromper. Il en va de même pour les écrans : annoncez une règle simple, et tenez-la, pour vous comme pour lui.
Au fond, ces repères ne sont pas faits pour transformer vos soirées en chronomètre : ils ouvrent une conversation, à reprendre et à ajuster au fil de la croissance de votre enfant. Ce qui compte, plus que la minute affichée, c'est le temps que vous lui offrez en face, le jeu partagé, le rituel du soir tenu, l'exemple que vous incarnez vous-même devant vos propres écrans. Une famille qui s'autorise à négocier, à revenir sur ses choix et à rester présente en dit plus long qu'un chronomètre.