D’analyste financière à fondatrice d’une startup de soutien psychologique, Lamia Chouk a transformé son propre vécu — angoisses nocturnes, sclérose en plaques, divorce — en service d’écoute accessible à tous les Tunisiens. Avec son équipe, elle a remporté le second prix Orange de l’Entrepreneur Social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM 2020) pour sa startup Ahkili. Elle raconte à La Sultane la naissance de ce projet.
Qui est Lamia Chouk ?
Diplômée de l’École Polytechnique de Tunisie, mastère de recherche en poche, Lamia Chouk a suivi un parcours « classique » : cadre financière puis contrôleuse de gestion pendant treize ans. Avec le recul, elle réalise que ce mode de vie n’était pas fait pour elle, même s’il lui a énormément appris sur les relations humaines — elle a toujours eu la conviction de pouvoir apporter davantage à la société.
Comment est né Ahkili ?
Le projet prend racine dans son propre vécu. Le divorce de ses parents durant son enfance l’a forgée solitaire, indépendante et très introvertie à l’adolescence. Elle a traîné des crises d’angoisse nocturnes jusqu’au début de sa trentaine, amplifiées par le diagnostic d’une sclérose en plaques, puis par son propre divorce qui l’a laissée seule avec deux bébés — heureusement entourée par le soutien de sa famille. Une nuit, face à ces crises de plus en plus fréquentes, elle se pose la question : pourquoi n’existe-t-il pas un moyen de parler à un psychologue, même la nuit ? Dès le lendemain, une idée fixe : mettre en place une ligne d’écoute et d’accompagnement psychologique individualisé.
Pourquoi n’existerait-il pas la possibilité de parler à un psychologue, même la nuit, pour m’aider à me calmer ?
Quels défis a-t-elle rencontrés ?
L’aspect innovant du service se heurtait à l’absence de solutions high-tech déjà présentes sur le marché tunisien : il a fallu beaucoup de recherche et un long dédale administratif pour mettre en place le système. Au-delà des difficultés techniques, Lamia Chouk a dû affronter la difficulté d’acceptation d’un tel service dans une société où l’accompagnement psychologique en ligne reste tabou. Une étude de l’OMS, citée dans l’entretien d’origine, indiquait qu’au cours de la décennie précédente, 50 % des Tunisiens se déclaraient dépressifs ou anxieux — beaucoup refoulant ce mal-être plutôt que de recourir à une aide jugée taboue par la culture ambiante.
Où en est Ahkili, 5 ans après ses débuts ?
Créée en février 2020, la startup a traversé la crise sanitaire Covid-19 dès ses débuts avant de gagner en maturité : elle est labellisée par le Startup Act tunisien, a bouclé une première levée de fonds en 2021 et en prépare une seconde avec 216 Capital. Ahkili a aussi élargi son offre au-delà de l’accompagnement individuel, avec un service destiné aux entreprises pour le soutien médico-psychologique de leurs salariés. L’ambition de Lamia Chouk reste la même : démocratiser l’accès aux soins psychologiques, afin qu’ils ne soient plus perçus comme un tabou mais comme un soutien accessible à qui en a besoin — une conviction qui rejoint les principes d’une bonne hygiène émotionnelle.
Qui admire-t-elle, et quel est son credo ?
Son père reste, dit-elle, son exemple ultime : parfois autoritaire, parfois compréhensif, il lui a inculqué des valeurs qui la guident encore aujourd’hui — faire toujours ce qui est juste, même à contre-courant, être intègre et travailler dur, car « travail, intégrité, résilience et résistance finissent toujours par payer ». Son credo tient en une phrase : toujours faire, défendre et dire ce qui est juste, même si cela implique d’être la seule à le faire. Grande cinéphile, elle cite The Pursuit of Happyness parmi ses films préférés — une histoire inspirée de faits réels qui résonne avec son propre parcours.
Quels conseils donne-t-elle aux jeunes entrepreneurs ?
Elle résume sa démarche par le dicton anglo-saxon « No pain, no gain » — fatigue, déception, défaite font partie du chemin vers la réussite, sans pour autant être une mauvaise chose : elles forgent le caractère et arment psychologiquement pour les épreuves à venir. Aux jeunes entrepreneurs parfois découragés, elle conseille de ne surtout pas baisser les bras : l’entrepreneuriat et l’univers des start-up exigent patience et résistance, mais la situation finit toujours par tourner en leur faveur, à l’image du parcours d’autres femmes entrepreneures tunisiennes. Monoparentale, elle veut aussi rappeler à ses lectrices que la force qu’on lui attribue souvent, elles la possèdent toutes sans exception : ne pas se contenter d’une routine ou d’un travail insatisfaisant, et vivre comme on l’entend.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’Ahkili ?
Une startup tunisienne fondée par Lamia Chouk en février 2020, qui propose une ligne d’écoute et d’accompagnement psychologique individualisé, aujourd’hui étendue à un service pour les entreprises.
Quelle distinction Ahkili a-t-elle reçue ?
Le second prix Orange de l’Entrepreneur Social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM 2020), après avoir aussi été sélectionnée par l’INNOV’I et Expertise France pour le projet « Les startups face au Covid-19 ».
Pourquoi Lamia Chouk a-t-elle créé cette startup ?
Après des années de crises d’angoisse nocturnes sans recours possible à une écoute psychologique immédiate, elle a voulu créer le service qu’elle aurait aimé trouver elle-même.
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Article mis à jour le 28 juillet 2026.



