Un mariage non consommé trouve souvent ses origines dans des troubles de la sexualité, qu’elle soit féminine ou masculine. Toujours tabous, mais loin d’être une fatalité, ces sujets sont rarement abordés à l’extérieur du couple.

Docteur Haïfa Ben Mariem Youssef nous en parle…

Les troubles de la sexualité féminine

Plus répandu qu’on ne le croit, le vaginisme est un trouble du ­ comportement sexuel d’origine psychologique. Alors que beaucoup de femmes attendent des années avant de consulter, l’affection se soigne en quelques séances chez un sexologue ou un gynécologue.

Le vaginisme est un trouble sexuel féminin qui se caractérise par la contraction réflexe et donc involontaire du périnée, qui rend difficile voire impossible toute pénétration. Cette pathologie peut exister alors que la femme a une sexualité épanouie, un vrai désir et du plaisir.

Quelles en sont les causes?

À l’origine de ce trouble, on retrouve la peur d’être pénétrée par un sexe, un doigt, un objet, y compris le ­spéculum du gynécologue. L’intromission est vécue comme une invasion, une vraie menace, le muscle qui entoure le vagin se contracte alors de manière réflexe et non consciente. On a souvent comparé le vaginisme à la fermeture réflexe de la paupière quand on veut mettre une goutte dans l’œil.

On retrouve souvent chez les femmes présentant un vaginisme une éducation sexuelle quasi absente ou rigide basée sur la culpabilité, l’oppression, le refoulement des désirs et la diabolisation des plaisirs.

Ce sont des femmes mal à l’aise dans leur corps, qui souvent ne se sont jamais vues nues devant un miroir, ne se sont jamais touchées intimement et qui ont un sentiment de culpabilité très présent dans leur vie intime avec leur partenaire. Un traumatisme sexuel peut être à l’origine du vaginisme mais cela reste relativement rare.

Le rituel de «tasfih» encore présent dans certaines régions de la Tunisie est à l’origine de plusieurs cas de vaginisme. Cette cérémonie consiste à «fermer le vagin avec une clé et ne l’ouvrir qu’au mariage». Les jeunes filles grandissent avec l’idée qu’elles sont impénétrables et que leur vagin est un «mur».

Cette idée reste ancrée dans leur esprit et la contraction réflexe et inconsciente se fera à chaque tentative de pénétration. Les partenaires des vaginiques sont souvent des hommes doux, gentils et passifs. La douceur, la persuasion, la ­gentillesse, la bonne volonté, n’y font rien, l’entrée reste barricadée.

Que faut-il faire?

Souvent, le couple finit par consulter un médecin au bout de plusieurs ­ années, quand il souhaite un enfant. En attendant, la sexualité a pu être relativement harmonieuse même sans pénétration, avec caresses, effleurages, pressions douces, sexualité orale, révélant bien que le blocage n’a pas lieu sur toute la géographie de l’intime, mais sur une partie seulement bien définie, le vagin. Tout a lieu hors de celui-ci, y compris l’éjaculation.

Cette affection se soigne généralement très bien en quelques séances, chez le sexologue. La prise en charge du vaginisme est double. Elle nécessite une approche psychologique et une approche mécanique.

L’approche mécanique est l’apprentissage de la décontraction musculaire et la prise de conscience de la réalité vaginale (littéralement en touchant du doigt cette cavité dont les patientes ont une représentation floue et angoissante). Les patientes s’entraînent chez elles avec leur doigt et suivent une rééducation du périnée pour que le muscle apprenne à se détendre.

L’approche psychologique va permettre d’identifier l’événement qui a causé ce trouble et va aider les femmes à se réapproprier leur vagin, à le connaitre et à l’apprécier (on utilise des planches d’anatomie pour que les femmes se familiarisent avec cette partie du corps inconnue)

D’autres exercices peuvent être prescrits pour faire participer le partenaire parce qu’il ne faut jamais oublier qu’il s’agit d’un problème de couple et que la prise en charge doit se faire à deux.

Les troubles de la sexualité masculine

De quoi s’agit-il?

Une autre cause fréquente du mariage non consommé est l’éjaculation précoce. Ce trouble touche un homme sur trois de part le monde. L’homme est rapidement excité et n’arrive pas à contrôler son réflexe éjaculatoire ce qui ne lui permet pas de faire une pénétration.

Elle touche les hommes jeunes avec une inexpérience sexuelle et une mauvaise connaissance des réponses sexuelles. Ils sont généralement hyper émotifs et très anxieux avec faible estime d’eux même.
Même si ce trouble est le plus fréquent des dysfonctions sexuelles (25-30%), on note un faible taux de consultation (15%).

Les conséquences psychologiques de ce trouble touchent aussi bien l’homme que le couple.
Sur le plan personnel, on note un accroissement de l’anxiété, une détresse pouvant aller à la dépression, une perte de confiance en soi, une insatisfaction sexuelle avec un évitement de la sexualité.
Concernant le couple, on note souvent une faible satisfaction sexuelle de la partenaire, des difficultés relationnelles, diminution de l’intimité du couple dans ses aspects affectifs, intellectuels et sociaux.

Que faut-il faire?

Le traitement est d’abord sexo­éducatif (anatomie et physiologie) mais essentiellement comportemental pour apprendre à l’homme le contrôle du réflexe éjaculatoire.
On peut associer un traitement médicamenteux mais toujours combiné à la sexothérapie qu’elle soit individuelle ou en couple.

La dysfonction érectile

La troisième et dernière cause du mariage non consommé est la dysfonction érectile.

Il s’agit d’une pathologie très fréquente (10 à 30% des hommes adultes) définie comme une incapacité permanente ou récidivante d’obtenir ou de maintenir une rigidité pénienne suffisante pour l’accomplissement de l’acte sexuel. La prévalence augmente avec l’âge.
Son étiologie est multifactorielle associant souvent une cause organique et une cause psychologique.

Quelles en sont les causes?

Chez les hommes jeunes, il s’agit généralement d’une cause psychologique associant une anxiété et une angoisse de performance (peur de ne pas être à la hauteur de sa mission lors de la nuit de noces).

On trouve aussi une ignorance de la sexualité et une éducation sexuelle absente ou rigide avec des contraintes religieuses, sociales ou familiales. Plus rarement, une cause organique (vasculaire, endocrinienne, anatomique, neurologique) peut être à l’origine de ce trouble.

Que faut-il faire?

La prise en charge est basée sur la sexo éducation avec deux mots d’ordres : dédramatiser et rassurer (les hommes perdent confiance en eux, mettent en doute leur virilité à la moindre panne sexuelle).

Des examens complémentaires sont à prévoir au moindre doute d’organicité et pour rassurer le patient de l’origine exclusivement psychogène de son trouble.

On peut avoir recours aux traitements médicamenteux (les Inhibiteurs de la PDE5) qui ont révolutionné la prise en charge de la dysfonction érectile mais dont la prescription doit toujours être faite par un médecin.

Pourquoi une thérapie de couple?

Les trois troubles sexuels à l’origine des mariages non consommés peuvent se voir séparés ou intriqués au sein du couple.
La prise en charge doit toujours se faire à deux au sein d’une thérapie de couple incluant à la fois des séances individuelles et des séances en couple.

Le thérapeute a un rôle essentiel de rassurer et de s’adapter aux besoins de chaque partenaire pour qu’à la fin de la thérapie, la consommation de mariage se fasse dans les meilleures conditions d’entente conjugale et de bien être aussi bien social que sentimental et sexuel.


Dr. Haïfa Ben Mariem Youssef, Psychiatre et Sexologue. Elle a fait ses études médicales à la faculté de médecine de Sousse, ville dont elle est ­ originaire. Elle a ­exercé à Razi et s’est ­installée en privé depuis Février 2014. Elle a fait plusieurs ­masters ­professionnels dont celui de ­sexologie clinique. Elle est membre du bureau ­exécutif de la société tunisienne de ­ sexologie clinique dont ­l’objectif est de ­ promouvoir la santé sexuelle en Tunisie et de participer à ­ l’élaboration d’un programme national d’éducation sexuelle.


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