Jusqu'à 8 % du carbone mondial viendrait de l'habillement, et un tiers des microplastiques des océans de nos vêtements synthétiques. Le polyester, que l'autrice Elizabeth Cline surnomme « la fibre reine », domine désormais nos penderies. Porter une pièce déjà portée reste, selon elle, le geste le plus écologique qu'on puisse poser.
Un vêtement, combien de carbone et de plastique dans l'eau ?
Elizabeth Cline parle du polyester comme de « la fibre reine » : d'après elle, son poids dépasse celui de toutes les autres fibres mises ensemble, et il forme à lui seul la plus grande part des matières synthétiques utilisées aujourd'hui.
Avant de juger nos armoires, regardons les chiffres en face. Jusqu'à 8 % du carbone émis dans le monde viendrait de l'habillement : un vêtement n'est jamais un objet neutre, il porte une empreinte invisible bien avant d'arriver sur un cintre.
L'autre moitié de l'addition se joue dans l'eau. Environ un tiers des microplastiques retrouvés dans les océans proviendrait de nos vêtements, ces fibres synthétiques qui se détachent à chaque lavage et filent, invisibles, jusqu'à la mer.
Pourquoi le polyester a-t-il envahi nos armoires ?
Si votre armoire semble aujourd'hui dominée par une matière unique, ce n'est pas une impression. Elizabeth Cline parle du polyester comme de « la fibre reine » : d'après elle, son poids dépasse celui de toutes les autres fibres mises ensemble, et il forme à lui seul la plus grande part des matières synthétiques utilisées aujourd'hui. Issu du pétrole, il s'est imposé progressivement, sans que nous ayons vraiment choisi cette place qu'il occupe désormais dans nos garde-robes.
Rien, ici, ne tient d'un hasard ni d'une faute personnelle : la fibre est fabriquée pour l'essentiel en Chine, à une échelle qui dépasse largement nos habitudes d'achat individuelles. Porter du polyester reflète une industrie organisée autour de cette matière, avant même qu'elle n'arrive dans nos boutiques.
La seconde main change-t-elle vraiment la donne ?
Porter une pièce déjà portée reste, selon l'autrice Cline, le geste le plus écologique que vous puissiez poser face à votre armoire. Remettre en circulation un vêtement existant évite d'en fabriquer un neuf, avec tout ce que cela suppose en matières premières et en énergie.
Le recyclage textile, lui, tient souvent de la promesse optimiste. Ce qu'on appelle ainsi se résume fréquemment à un sort plus terne : la fibre dégradée en chiffons ou transformée en isolant, loin de l'image d'un vêtement qui renaît sous une autre forme. Entre les deux gestes, un seul mérite votre confiance : le déjà-porté, pas la promesse du recyclage.
Les marques tiennent-elles leurs promesses d'économie circulaire ?
En 2017, à Copenhague, la fondation d'Ellen MacArthur a lancé un programme d'économie circulaire pour le textile, rebaptisé Make Fashion Circular. L'initiative demandait aux marques de s'engager sur de nouvelles pratiques, sans que le détail de ces engagements soit ici précisé. Depuis, la question mérite d'être posée sans angélisme ni procès d'intention : un engagement pris sur une scène internationale change-t-il réellement ce qui sort des chaînes de production ?
Nous ne trancherons pas ici entre promesse tenue et habillage vertueux. Le dossier ne nous donne pas, marque par marque, la preuve de ce qui a changé depuis Copenhague. Ce qui reste certain, c'est que le programme a posé, publiquement, l'exigence d'une économie circulaire comme horizon du secteur. À nous, lectrices et lecteurs, de garder cette question vivante plutôt que de la refermer trop vite, dans un sens comme dans l'autre.
Personne ne vous demande de brûler votre armoire ni de vous confesser devant elle : porter ce que vous avez déjà, encore une saison, reste le geste qui pèse le plus lourd face à une industrie qui vous vend le neuf comme une rédemption. Le recyclage fait de belles promesses sur papier glacé, les programmes d'économie circulaire aussi : à vous de leur demander des comptes plutôt que de leur faire confiance les yeux fermés. Le polyester ne vous a pas consultée avant de s'installer dans vos tiroirs ; rien ne vous empêche, vous, de décider ce qui y reste la saison prochaine.