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Homo homini lupus est une locution latine de Plaute signifiant « l’homme est un loup pour l’homme ». En ces temps troublés et troublants, il serait légitime de croire que cette phrase est toujours d’actualité. Ceux qui considèrent que les êtres humains ne sont que des manipulateurs, calculateurs et égoïstes auront un peu de mal à concevoir, dans ces conditions, la grandeur d’âme et la bonté de celles et de ceux qui nous prouvent combien nous sommes tous perfectibles… il y a du bon en chacun de nous.

L’année 2019 commence bien et commence fort. L’ambiance globale est tendue. Notre quotidien n’a jamais été aussi morose : Chute vertigineuse de notre monnaie nationale. Détérioration sans précédent de notre pouvoir d’achat. Nivellement par le bas. Grèves récurrentes des enseignants de l’école publiques accompagnée d’une incompréhension totale pour ne pas dire désolidarisation absolue de parents dont les enfants sont pris en otage… par de grands enfants.
Avouons que le « leadership par l’exemple » laisse à désirer dans ce pays. Bon nombre d’augustes responsables se valent bien et valent bien peu. Ce constat est triste et les mots pour le dire sont sévères. Pourtant des solutions concrètes et uniques existent. Ces solutions se trouvent en … nous. Chacun d’entre nous. Il y a deux réalités qui s’affrontent aujourd’hui. La première nous est imposée par des personnes motivées par l’amour du pouvoir. La deuxième nous est offerte par les personnes motivées par le pouvoir de l’amour.

L’HYPOTHÈSE DE LA VITRE BRISÉE

En huit ans, cette hypothèse a pris forme sous nos yeux et façonne depuis notre quotidien. La théorie est née dans les années 1930 aux États-Unis et a été développée durant les années 80-90. Elle établit un rapport de causalité entre les détériorations de l’espace public et un délabrement plus général des situations humaines qui en découlent. Si on fait vivre une communauté humaine dans un espace délabré, le comportement général tendra vers le désordre.

Or, s’il y a bien quelque chose qui a caractérisé notre espace public, c’est bien le délabrement visible de l’espace public. Amoncellement des déchets, grande insalubrité environnementale, absence notoire des forces de l’ordre, repérables uniquement pendant les heures de pointe… Et si la responsabilité municipale est indéniable, il faudrait aussi se pencher sur nos responsabilités individuelles. Que puis-je faire pour améliorer les choses ? Par expérience, il suffit d’initier une action positive pour inspirer son entourage à en faire de même.

Une dynamique se met très souvent instantanément en place. N’attendez pas le passage des agents municipaux pour nettoyer votre environnement. Ramassez les petits bouts de papiers et autres emballages qui agrémentent nos rues et ruelles. J’attire particulièrement l’attention de celles qui nettoient les cours des maisons à grand renfort d’eau. Je ne parlerai pas de ce mode de nettoyage très peu éco-responsable. Dans un pays menacé par un stress hydrique croissant, se servir de grandes rasades d’eau claire est presque criminel.

Parlons plutôt de l’absence d’hygiène qui accompagne les eaux sales. Souvent stagnantes elles finissent dans les rues et devant les clôtures des maisons. Ce geste était pardonnable du temps de nos aïeules. De leur temps, les rues n’étaient même pas pavées. Aujourd’hui, un tel agissement n’a aucun sens. Pourtant on le reproduit constamment. Sans prendre la peine de ramasser les déchets et les moutons qui accompagnent ces eaux sensées purifier nos intérieurs. En fait, il suffit de commencer petit. La somme de petites actions finira par induire les changements qu’on souhaiterait voir se produire.

GÉNÉROSITÉ, BONTÉ ET GRATITUDE

Les tunisiens sont généreux. C’est indéniable et c’est d’ailleurs leur plus belle qualité. Pourtant, la générosité à elle seule ne suffit pas. Nous partageons nos ressources, nous donnons à manger, nous soutenons financièrement une personne dans le besoin. Mais nous le faisons avec une certaine réserve émotionnelle. On donne de son argent sans problème, mais on ne donne pas suffisamment de soi. Peu de gens accordent leur temps On ne donne pas son sourire, son affection, sa chaleur humaine, sa courtoisie, son amabilité.

Pour y remédier, il faudrait non seulement multiplier les bonnes actions (autant que possible) mais aussi pratiquer la gratitude. Elle est, rappelons-le, l’une des clés du bonheur, même lorsqu’on évolue dans des contextes hostiles. On cesse de se comparer aux autres. On réduit son agressivité parce qu’on se sent chanceux, on développe son estime de soi et son empathie, etc. S’il fallait commencer quelque part, c’est par la gratitude qu’il faudrait le faire.

L’EMPATHIE, UN TRAIT INNÉ À ENCOURAGER

Des découvertes scientifiques ont prouvé que l’être humain est une espèce empathique. L’équipe du professeur en physiologie humaine Giacomo Rizzolatti, a révélé en 1996 à Parme que les « neurones miroirs » s’activent de la même manière lorsque les personnes ressentent une émotion et lorsqu’elles voient quelqu’un la ressentir. Ainsi, nous pouvons percevoir les émotions des autres comme si elles étaient les nôtres.

Les chercheurs en psychologie, Felix Warneken et Michael Tomasello ont étudié la gentillesse spontanée des enfants de 18 mois. Ceux-ci pouvaient interrompre leurs jeux, pour aider spontanément un adulte qui leur demanderait, par exemple, de déplacer quelque chose. L’imagerie à résonance magnétique nous a révélé que les gestes de coopération activent, dans le cerveau, les mêmes zones de plaisir que lorsque nous mangeons une gourmandise. La compétition, elle, stimule celles du dégoût.

Selon une étude américaine*, les personnes ayant une activité bénévole ont de meilleurs scores dans l’évaluation du sentiment de bonheur, de l’estime de soi et de la qualité de vie que la moyenne. Il semblerait aussi que ces personnes, généralement moins dépressives, soient moins touchées par la maladie d’Alzheimer, vivent plus longtemps et sont en meilleure santé. Donc soyez bon, cela vous fait du bien !

LA SOLIDARITÉ AU CŒUR DE LA RÉPONSE

Il suffit de se remémorer cet extraordinaire élan de solidarité au lendemain de la chute du régime de Ben Ali en Tunisie. Les caravanes qui sillonnent régulièrement le territoire pour aller dans les régions défavorisées, ou encore le soutien apporté aux réfugiés libyens pendant la guerre. L’exploit réalisé par l’association Maram Solidarité qui a réussi à collecter en 2017 la somme de 1.257.882 DT pour la construction d’une unité spéciale, au sein du centre de greffe de la moelle osseuse de Tunis pour les enfants cancéreux, ou encore plus récemment l’aide portée par les tunisiens aux habitants des régions sinistrées par les dernières inondations, mais aussi l’inauguration du centre culturel des arts et métiers de Jbel Semmama par la fondation Rambourg dans le gouvernorat du Kasserine.

Les exemples sont très nombreux et émanent aussi bien d’initiatives individuelles que d’actions organisées au sein d’associations, de collectifs ou de fondations. Les réseaux d’entraides foisonnent non seulement chez nous, mais également partout ailleurs dans le monde (aux USA on en dénombre plus de cinq cents mille). L’être humain est enclin à collaborer avec les autres, lorsque l’occasion lui en est donnée, pour le plaisir de contribuer à l’intérêt général**. Sur le web, les sites de dons prolifèrent et les gens offrent à de parfaits inconnus des objets dont ils ne se servent plus (co-recyclage.com). Les initiatives prônant l’entraide et la bienveillance se multiplient.

Ainsi dix-sept pays dans le monde organisent chaque année la journée de la gentillesse. Sans oublier ces fameuses séances de free hugs ou encore toutes les séquences intitulées random acts of kindness, que l’on pourrait traduire par des « actes de bonté aléatoires ». Les modèles de coopération se multiplient en ligne. Des milliers d’internautes partagent leurs connaissances sur Wikipédia. Des professeurs apportent un soutien scolaire aux plus jeunes, sans se faire rémunérer. Ils créent des pages, exposent leurs cours, énoncent des exercices et fournissent leurs corrigés. Les lycéens préparant leurs examens du baccalauréat ne peuvent qu’en témoigner.

Des études ont montré que les interactions en ligne, loin de créer un repli sur soi, encouragent au contraire, une plus grande sociabilité dans la vie de tous les jours.

The millenials, la génération du millénaire, se composant de ces deux milliards de jeunes ayant grandi avec internet nous en donne la preuve. En effet, cette génération également surnommée la « génération G*** » et contrairement à la génération X (personnes nées dans les années 60 et 70) et à la génération Y (nées dans les années 80) se compose d’individus consommateurs et citoyens. Pour eux, la générosité, l’échange, l’attention portée aux autres, représentent des éléments de satisfaction personnelle.

La simple consommation ne constitue pas pour eux une valeur sociale. Il s’agit plutôt d’un comportement responsable et citoyen. La culture du web, élaborée par des personnes qui donnent, échangent et collaborent, les a habitués aux notions de partage et de générosité. Une des conséquences directes de ce phénomène est l’habitude de la gratuité. Cela les amène à privilégier le troc et le recyclage à l’achat. Évoluant dans un contexte de crise, la génération G est attentive aux prix, à la recherche de services rapides et préfère les marques socialement responsables. L’engagement de celles-ci dans une cause constitue un facteur déclencheur d’achat : pour des produits concurrents à prix équivalents, on privilégie la marque engagée.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un concours de circonstances uniques. Cette situation n’a rien d’exceptionnel. Toutes les générations humaines ont dû se confronter un jour ou l’autre à une problématique similaire : comment vit-on dans des conditions hostiles? Vous imaginez si nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, aient attendu que les gros carnivores se lassent du goût de la chair humaine pour assurer leur survie, au lieu de faire preuve d’ingéniosité pour s’adapter à la situation et surmonter les difficultés ?

Vous voyez, il y a toujours moyen de s’en sortir. Il suffit de ne pas être fervent partisan de la fatalité. Décidez de prendre les choses en main et d’agir.


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Source: La Sultane #43

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