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Lorsque vous rencontrez Raoudha Ben Saber pour la première fois, la douceur de son regard assuré vous interpelle. C’est assez particulier. Ce n’est pas fréquent. La fermeté s’associe ­souvent avec de la dureté ou de la sévérité. Mais pas avec elle. Et si vous êtes comme moi, vous aurez envie de ­découvrir son histoire, son ­parcours, son chemin. Je vous invite donc à m’accompagner pour partir à sa rencontre.

Raoudha Ben Saber nous reçoit dans son bureau. Elle a une affection ­particulière pour son bureau.Il symbolise un peu la consécration de ses efforts. On ne peut s’empêcher de sourire. En y arrivant, parce que le lieu ­ressemble à la maitresse : chaleureux, élégant et discret. Pour les personnes qui l’ignorent encore, Raoudha Ben Saber est chef d’entreprise. Et vous savez l’affection que j’ai pour toutes ces femmes qui ne se laissent pas faire. Je les admire. Grâce à elles, demain tiendra ses promesses et le monde finira par devenir meilleur un jour. La dame dont nous discutons ­aujourd’hui, ne fait pas exception à cette règle. Elle l’incarne même, à la perfection.

Parcours atypique d’une ­entrepreneure en herbe

La Sultane- Magazine- LaSultaneMag- SultaneMag- Raoudha Ben Saber

Raoudha a toujours été différente. Depuis son plus jeune âge, elle a toujours été débrouillarde, travailleuse et autonome. Les difficultés ne ­l’impressionnaient. Elle aime bien parler du hasard des choses. C’est une belle manière de voir la vie. Les opportunités se présentent à nous tous de la même manière. Seules les personnes qui savent les voir, les saisissent et en profitent pleinement.

Très jeune, elle fait l’acquisition de sa première unité de thermoformage et devient à la tête de Plastiform, l’entreprise qu’elle gère depuis plus de 30 ans.

Raoudha Ben Saber a misé sur deux articles : un support pour des miroirs et une barquette de fraise.

Mais un jour, une entreprise a mis en place un nouveau procédé en ­carton moins onéreux que les ­produits ­fabriqués par Plastiform. Elle perd ainsi ses marchés. Maintenant, il ­fallait s’accrocher à la fabrication de la barquette de fraises, bientôt elle aussi tombée entre les mains de la concurrence…Une période difficile à surmonter. Madame Ben Saber nous a ­raconté cet épisode avec beaucoup de ­sérénité et sans la moindre amertume. Elle n’aime pas s’attarder sur les ­difficultés de la vie ; tout le monde en rencontre.

La seule différence entre les uns et les autres se trouve dans la manière d’y faire face. Il faut juste savoir tenir ne pas céder et persévérer.

L’absence de rancœur, je vous le dis, constitue une des clefs du succès. Raoudha Ben Saber a consacré son énergie et tous ses efforts à améliorer sa nouvelle situation. Et à Plastiform, on a aussi fait du porte à porte. Tout était bon, du moment qu’on ne croisait pas les bras.

Jusqu’au jour où… une nouvelle ­opportunité se présente à elle.

Souvenez-vous, nous sommes dans les années 80 les barquettes de ­biscuits étaient fabriquées en carton. Ce packaging était dépassé.

Les industriels tunisiens, suivent les nouvelles tendances et ­s’inscrivent dans un nouveau procédé d’emballage.

Le leader de la biscuiterie tunisienne en cette période, a réalisé sa ­barquette chez Plastiform, les autres ont suivi !

« Nous fabriquons un support qui ne se voit pas, mais qui est nécessaire pour le produit.

Lorsque vous achetez un paquet de biscuits, vous ne pensez pas à la ­barquette : il y a derrière de la recherche de la conception. Le client vous donne le biscuit et demande la réalisation d’une barquette et c’est à nous de traduire son idée dans la matière.

Ce n’est pas une chose simple. C’est de la création. C’est de l’art ! Et moi j’adore ce métier qui m’a permis de participer à l’innovation de ce concept» nous dit Raoudha Ben Saber.

Plastiform, réalisait 60% de son chiffre d’affaire avec un mono client, ­situation de dépendance pour l’entreprise. Il faut trouver d’autres marchés et ­diversifier la gamme. Au début des années 90, Plastiform adhère à un programme de soutien pour le ­développement du secteur privé : « J’ai postulé pour ce programme, mon projet a été ­sélectionné parmi les projets porteurs.» Le ­développement de Plastiform a commencé par les ­investissements matériels et ­immatériels.

Le décollage de l’entreprise ne s’est pas fait tout seul et a ­nécessité ­beaucoup de travail beaucoup d’énergie, beaucoup de sacrifices, un dévouement absolu aux dépens des enfants et de la famille.

« J’avais la chance d’être la première sur ce marché » dit-elle. Mais cela ne signifiait pas qu’elle allait être la seule. De nouveaux concurrents voient le jour, « des confrères », préfère-t-elle nous dire. Ces challenges constants lui ont permis de vouloir toujours se surpasser : « Je suis de nature ­persévérante et ­audacieuse, tout en restant calme, sans faire beaucoup de bruits, je travaille, je milite en silence, mon entourage le sais bien, les gens qui m’ont côtoyé le savent. »

L’Entreprise a mis en place un ­système qualité une gestion de production (GMAO, GPAO)

« Nous avons saisi toutes les ­opportunités misent à la disposition des entreprises pour encourager les PME.

D’ailleurs, Plastiform a contribué à la formation de nombreux jeunes et de nombreux cadres » Raoudha Ben Saber nous le dit avec beaucoup d’amour et de fierté « je suis partisane de l’emploi des jeunes, nous avons un taux d’encadrement de 60%.

Nous avons poursuivi l’ascension de Plastiform en créant un autre ­département pour l’article standard et ce afin de varier notre production. Nous avons ainsi créé un « emballage Standard et là, on a commencé une deuxième phase de l’évolution de l’entreprise. »

Un nouveau produit, un nouveau ­marché, une nouvelle clientèle :

« Nous exportons 20% de notre chiffre d’affaire. Notre principal client, à ­l’export, demeure la Libye. La volonté est là, nous sommes une équipe, une famille, nous travaillons tous ensemble main dans la main » nous confie-t-elle.

Plastiform s’imprègne aujourd’hui du marché par la mise en place d’un ­système qualité alimentaire (une norme portant le nom de HACCP), un système d’information intégrée ERP, la mise à niveau 2.

Raoudha Ben Saber n’intervient plus beaucoup pour Plastiform. Elle consacre l’essentiel de son temps à son autre passion.

La Sultane- Magazine- LaSultaneMag- SultaneMag- Raoudha Ben Saber

Un savoir-faire au service des autres

Raoudha Ben Saber intègre ­l’UTICA en 1987 et rejoint la Chambre ­syndicale des fabricants transformateurs de matières plastiques.

D’abord la seule femme à bord de cette chambre, elle sera rapidement rejointe par une autre dame qui faisait la métallisation industrielle sur le ­plastique.

À la demande de Hédi Jilani le ­président de l’UTICA, à cette ­époque-là, Raoudha Ben Saber a ­participé à rassembler des femmes chefs d’entreprises. En 1990, la chambre nationale des femmes chef d’entreprises CNFCE a vu le jour.

« J’ai l’honneur de faire partie du noyau fondateur de cette chambre, nous raconte Raoudha Ben Saber. Je suis très fière d’avoir participé à son ­développement. J’ai gravi les ­échelons petit à petit, J’ai eu un mandat de trésorière, puis de vice-présidente nationale et de présidente régionale.

2006 a été une année charnière pour elle : « J’ai été élue présidente de UTICA Ariana, première femme à occuper ce poste ».L’expérience était exceptionnelle !

En 2012, Raoudha Ben Saber a été élue à la tête de la chambre ­nationale des femmes chefs d’entreprises CNFCE.

Elle accepte ce nouveau défi et se remet au travail aux côtés des femmes. Un mandat en période de transition politique, économique et sociale de la Tunisie. Madame Ben Saber nous dit : « J’ai fait un mandat que j’estime réussi ».

Raoudha Ben Saber, n’est pas portée sur les paillettes. Sa grande discrétion et son humilité constante n’ôtent rien à la puissance de sa détermination. Son parcours est une aventure humaine qui force le respect et invite à la réflexion.

On apprend beaucoup.


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